Le Gabon vient de vivre un moment particulier avec, pour la première fois depuis près d’un demi-siècle, une présidentielle sans un candidat nommé Bongo. Avec 90,35 % des suffrages portés sur son nom, Brice Clotaire Oligui Nguema va-t-il véritablement ouvrir un chapitre différent de celui des Bongo ? La question est posée.
Le décor post-présidentiel dominé par Oligui Nguema
Bien qu'il ait promis de rompre avec l'ère Bongo, au cours de laquelle les élites étaient accusées d'accaparer les richesses pétrolières du Gabon, Oligui Nguema a lui-même des liens avec l'ancien gouvernement. Ancien aide de camp du père d'Ali Bongo, Omar Bongo, qui a été président pendant plus de 40 ans, jusqu'à sa mort en 2009, il a été Commandant de la garde républicaine gabonaise sous Ali Bongo qui avait succédé à son père et a présidé aux destinées du Gabon jusqu'au coup d'Etat du 30 août 2023.
Pour le moment, force est de constater que ce "score soviétique" pour utiliser l'expression de ses partisans, le met littéralement au-dessus de la mêlée. Son adversaire le plus important dans la course vers le Palais du bord de mer, Alain Claude Bilie By Nze, dernier Premier ministre du président Ali Bongo, n’a récolté que 3,02 % du total, selon les résultats provisoires annoncés.
Le taux de participation a été de 70,40 %, selon le ministère de l'intérieur, ce qui est bien plus élevé que les 56,65 % des électeurs qui ont voté lors des élections d'août 2023 qui ont précipité le coup d'État. Lors de ce scrutin, M. Bongo avait été désigné vainqueur pour ce qui aurait été son troisième mandat, mais l'opposition avait dénoncé le processus comme étant frauduleux.
De fait, en vertu d'une constitution approuvée en novembre dernier, cette victoire électorale lui confère un mandat de sept ans, renouvelable une fois.
Rétablir une meilleure lisibilité politique et économique
Vêtu d'une casquette de base-ball portant son slogan “Nous construisons ensemble”, le président de la transition s'est présenté comme un agent de changement s'attaquant à la vieille garde corrompue. Il a promis de diversifier l'économie, dépendante du pétrole, et de promouvoir l'agriculture, l'industrie et le tourisme dans un pays où un tiers de la population vit dans la pauvreté.
La tenue de cette présidentielle est un soulagement pour beaucoup car les investisseurs attendaient de voir si le Gabon, dont l'encours d'obligations internationales s'élève à 3 milliards de dollars, rétablirait ses références démocratiques en organisant des élections crédibles.
“L'incertitude politique prolongée et les craintes d'une prolongation du régime militaire ont freiné la croissance économique du Gabon, exacerbant le déficit budgétaire et les niveaux d'endettement du pays”, a confié Mucahid Durmaz, analyste principal pour l'Afrique à la société de renseignement sur les risques Verisk Maplecroft.
“Un gouvernement démocratiquement élu et doté d'un mandat clair sera mieux à même de s'engager avec les partenaires multilatéraux et de poursuivre les réformes fiscales et la restructuration de la dette, qui sont essentielles à l'établissement de la stabilité macroéconomique”, a-t-il ajouté.
Pour le moment, où en est le Gabon ? Selon la Banque mondiale, son économie a connu une croissance de 2,9 % en 2024, contre 2,4 % en 2023, en partie grâce à des projets d'infrastructure et à l'augmentation de la production de matières premières telles que le pétrole, le manganèse et le bois. De quoi faire garder leur calme aux observateurs de ce pays. (TransContinentsAfrica)
