Ebo Taylor, cette légende éternelle du highlife

HOMMAGE. Le grand artiste ghanéen, également pionnier de l’Afrobeat, s’en est allé le 7 février à 90 ans, le jour même du lancement du festival qui porte son nom, le “Ebo Taylor Music Festival”.

Ebo Taylor, cette légende éternelle du highlife

Le destin fait quelques fois des clins d’oeil dont lui seul a le secret. Une semaine après que Fela Anikulapo Kuti ait reçu à titre posthume un Grammy de la Recording Academy, voilà qu’Ebo Taylor tire sa révérence. L’un est le co-créateur et le roi de l’Afrobeat, l’autre occupe la même place mais pour le highlife. Cela ne les a pas empêchés d’évoluer ensemble à un certain moment. Et l’évocation du parcours d’Ebo Taylor nous en donne l’opportunité. 

De son vrai nom Deroy Taylor, Ebo Taylor est né le 6 janvier 1936 à Cape Coast, au Ghana. Pour annoncer la triste nouvelle de sa disparition, c’est son fils Kweku Taylor qui s’en est chargé sur Instagram. “Le monde a perdu un géant. Un colosse de la musique africaine”, a-t-il dit Et pour un colosse, Ebo Taylor en était vraiment un au regard d’un parcours qu’il convient de saluer dans les méandres de la musique africaine riche de sa pluralité rythmique et mélodique. 

1960-1980 : les années de montée en puissance

C’est au début des années 1950 qu’Ebo Taylor se fait remarquer dans des groupes influents comme les Stargazers et la Broadway Dance Band. Petit à petit, il va contribuer à faire du highlife le genre dominant au Ghana dans la période qui a suivi l’indépendance de son pays en 1957.

Au début des années 1960, notamment entre 1962 et 1965, le voilà qui se retrouve à Londres pour des études musicales mais aussi pour rencontrer Fela Kuti, futur père de l’afrobeat, avec qui il collabore ainsi qu’avec d’autres musiciens africains.

Entre 1970 et 1980, Ebo Taylor continue toujours dans sa trajectoire du Highlife mais avec sa note personnelle. C’est ainsi qu’il fusionne le highlife traditionnel avec le jazz, le funk et l’afrobeat créant de fait un son reconnaissable avec une guitare hypnotique, des cuivres brillants, des rythmes élastiques. 

C’est l’époque où il sort ses albums phares : “Ebo Taylor & the Pelikans” en 1976, “Twer Nyame” en 1978, “Conflict Nkru!” avec Uhuru-Yenzu, “Love and Death” qui sera réédité en 2010 sur Strut Records.

Également producteur et arrangeur, Ebo Taylor a travaillé entre autres avec Pat Thomas, C.K. Mann, Gyedu-Blay Ambolley, et bien d’autres artistes produisant des classiques pour Essiebons et d’autres labels.

2000-2025 : les années de redécouverte mondiale

Ayant gagné sa place au panthéon du highlife, Ebo Taylor se retrouve samplé par de jeunes artistes de la mouvance hip-hop. Ainsi de Usher et de Black Eyed Peas, entre autres, qui contribuent à booster sa notoriété internationale et à lui permettre des collaborations intéressantes avec par exemple Adrian Younge & Ali Shaheed Muhammad pour “Jazz Is Dead 22” en 2025..

De quoi asseoir et sa notoriété et son aura de “plus grand guitariste rythmique de l’histoire” pour son style unique, mélangeant traditions ghanéennes et influences globales. 

Pluie d’hommages à l'annonce de sa disparition

Tout cela a fait que l’annonce de sa disparition a déclenché un torrent d’hommages du gouvernement ghanéen et des mélomanes qui ont regretté la perte d’un “colosse” du highlife. 

Ci-dessus une composition d'Ebo Taylor : "Yen ara". Du pur highlife !

Les médias aussi n’ont pas été en reste. La BBC, The Guardian, NPR, Le Monde, Radio France Internationale, France Inter Paris mais aussi les réseaux sociaux comme Instagram, Facebook et autres ont rendu des hommages appuyés ou publié des posts émouvants ainsi que des photos d’archives. Sur Spotify, les écoutes mensuelles, qui étaient déjà à plus de 280 000 auditeurs, ont explosé.

Autant d’éléments qui illustrent l’aura et le legs immense d’un artiste de légende qui a su poser un pont entre le highlife classique et l’afro-funk moderne. De quoi continuer à inspirer les jeunes générations de musiciens. (TransContinentsAfrica)

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