Dérèglement climatique : l'Afrique plus que jamais en état d'urgence

MENACE. Le rapport de l’Organisation météorologique mondiale sur l’état du climat en Afrique 2025 est un signal d'alarme sans équivoque.

Dérèglement climatique : l'Afrique plus que jamais en état d'urgence

En plus de rappeler les nombreux défis que le dérèglement climatique impose à l’Afrique, le dernier rapport de l’OMM sur l’état du climat sur le continent alerte surtout sur l’urgence croissante dans laquelle se trouve celui-ci. D’après l’Organisation, les phénomènes météorologiques extrêmes ont fait au moins 13 millions de personnes sinistrées et plu causé plus de 3 000 morts en Afrique pour la seule année 2025. Une confirmation de la vulnérabilité disproportionnée de l’Afrique face à une crise dont elle porte pourtant une faible part de responsabilité.

Les inondations, à elles seules, représentent plus de la moitié des épisodes signalés. Les parties Est et Ouest de l’Afrique ont été les plus éprouvées. En République démocratique du Congo, les crues d'avril ont fait 165 morts, essentiellement dans la capitale Kinshasa. Au Nigéria, les inondations de Mokwa, les plus graves que la région ait connues depuis soixante ans, ont fait au moins 160 morts et plus de 3 000 déplacés. En Afrique du Sud, l’excès des eaux la province du Cap-Oriental ont fait plus de 100 morts.

Les parties Est et Ouest de l’Afrique durement éprouvées par les inondations

La sécheresse, elle, a frappé de plein fouet la Corne de l'Afrique où plus de 8,5 millions de personnes ont été touchées. Rien qu’au Kenya et en Somalie, plus de 490 000 déplacements dus à ce phénomène ont été recensés. Dans le même temps, la saison cyclonique 2024/25 dans le sud-ouest de l'océan Indien a également été particulièrement active, avec 21 tempêtes tropicales recensées, touchant notamment les pays insulaires et une grande partie de l’Afrique australe. Ainsi, le Mozambique a été frappé coup sur coup par les cyclones Dikeledi et Jude, ce dernier ayant touché plus d'un million de personnes. À La Réunion, le cyclone Garance est devenu l'épisode tropical le plus coûteux jamais enregistré sur l'île.

Côté économique et financier, les pertes sont aussi considérables. Le rapport signale qu’au Ghana, les inondations ont occasionné des dommages aux biens des ménages, aux petites entreprises et aux réseaux de transport. Les cyclones Dikeledi et Jude ont sinistré « de vastes zones agricoles » au Mozambique, en plus des pertes humaines et des déplacements, tandis qu’au Kenya et en Somalie, la sécheresse a rendu les conditions « particulièrement sèches et mauvaises pour les cultures et les pâturages ». D’après l’OMM, les coûts liés au dérèglement climatique peuvent atteindre jusqu’à 5% du PIB dans certains pays africains.

Une hausse sans précédent de températures

Selon l’OIM, tous ces dommages sont les conséquences directes du dérèglement climatique. L’un des constats les plus frappants est la hausse sans précédent des températures. En 2025, la température moyenne annuelle de l'air en surface sur le continent s'est classée entre la troisième et la septième place des valeurs les plus élevées jamais mesurées, avec une anomalie de 0,51 °C par rapport à la période de référence 1991-2020. L'Afrique du Nord a connu le réchauffement le plus marqué, avec une anomalie de +0,76 °C et un rythme de réchauffement de 0,43 °C par décennie depuis 1991, soit près du double de celui observé en Afrique australe (0,21 °C par décennie). D’après l’OMM, les côtes méditerranéennes d'Algérie et de Tunisie ont enregistré les anomalies les plus fortes du continent.

La disparition progressive des glaciers peut être considérée comme l’une des parties visibles de l’iceberg. En effet, le rapport documente un recul spectaculaire de la cryosphère africaine. Limités à trois massifs que sont le Kilimandjaro, le mont Kenya et les Ruwenzori, les glaciers africains ont perdu plus de 90 % de leur superficie depuis la fin du XIXe siècle. La couche glaciaire du Kilimandjaro, tombée de 11,4 km² en 1900 à moins d'un km² aujourd'hui, continue de fondre malgré d’importantes chutes de neige enregistrées en 2025.  

Sur fond de montée rapide du niveau des mers

La montée rapide du niveau des mers en Afrique par rapport à la moyenne mondiale inquiète également l’OMM. En effet, entre 1999 et 2025, l'élévation du niveau de la mer le long des côtes africaines a dépassé la moyenne planétaire (3,6 mm/an) dans plusieurs zones : environ 4,2 mm/an sur la façade atlantique, 5,2 mm/an le long de l'océan Indien et jusqu'à 5,6 mm/an en mer Rouge. L'acidification océanique se poursuit également, avec un pH de surface historiquement bas dans l'Atlantique adjacent à l'Afrique de l'Ouest et dans l'océan Indien au large de l'Afrique australe — une menace directe pour les écosystèmes marins et les pêcheries dont dépendent des millions de foyers côtiers.

Si les experts affichent autant d’inquiétude, c’est parce que les Etats se montrent moins préparés à faire face aux phénomènes météorologiques de plus en plus nombreux que violents. Certes, le rapport souligne des avancées notables en matière d'alerte précoce, au au Ghana par exemple où les prévisions du Service météorologique national (GMet) ont permis une gestion en temps réel des inondations d'Accra en mai 2025. Mais il pointe aussi des insuffisances structurelles à l'échelle continentale. En effet, moins de 40 % des pays africains déclarent disposer de capacités de préparation et d'intervention face aux catastrophes, et seule la moitié d'entre eux affichent des capacités jugées approfondies

Une réponse panafricaine en construction

Face à ce constat, les institutions continentales entendent structurer une riposte coordonnée. Moses Vilakati, commissaire à l'agriculture, au développement rural, à l'économie bleue et à l'environnement durable de la Commission de l'Union africaine, insiste sur la nécessité d'une approche unifiée s'appuyant sur des systèmes d'alerte précoce solides pour « protéger les personnes vulnérables et favoriser une prospérité partagée ».

Il faut rappeler que le rapport de l'OMM, produit en collaboration avec les services météorologiques nationaux du continent et des partenaires scientifiques internationaux, s'inscrit dans l'initiative mondiale « Alertes précoces pour tous » (EW4All), à laquelle plusieurs pays, dont le Ghana et le Nigéria, ont déjà adhéré. Reste à transformer ces engagements en capacités opérationnelles pérennes, alors que les projections indiquent une intensification probable, tant en fréquence qu'en intensité, des phénomènes extrêmes sur le continent dans les années à venir.

TransContinentsAfrica

PUBLICITÉ
Espace Publicitaire
336×280