Dakar bouge. La capitale sénégalaise est devenue un lieu où patrimoine, mémoire, langues et esthétiques africaines fusionnent avec les technologies les plus avancées.Loin d’un usage passif des outils numériques venus d’ailleurs, une nouvelle génération de créateurs africains installés à Dakar invente une narration visuelle propre au continent, portée par l’IA, avec une ambition à la fois artistique, éducative et identitaire.
A travers les voix de trois acteurs de l’intelligence artificielle, la révolution narrative se met en marche.
🎬 Hussein Dembel Sow : l’IA au service de la mémoire
Scénariste et réalisateur visionnaire, Hussein Dembel Sow utilise l’IA générative pour revivifier la mémoire collective africaine.Son œuvre phare, le clip “Thiaroye 44”, réalisé avec le rappeur Dip Doundou Guiss, rend hommage aux tirailleurs sénégalais massacrés en 1944, dont les visages ont été reconstitués par algorithme.Le projet, sélectionné au World AI Film Festival, a également donné naissance à 700 visuels générés par IA pour la marque Kirène, exposés à la Biennale de Dakar.“Grâce à l’IA, nous redonnons vie aux pans oubliés de notre histoire”, explique-t-il.
🧠 Malick Faye Diagne : former les jeunes et valoriser le patrimoine
Formateur en animation 3D, réalité virtuelle et production virtuelle au Groupe IAM à Dakar, Malick Faye Diagne œuvre pour démocratiser l’IA générative auprès des étudiants et des collégiens.“Mon travail tourne sur la promotion des outils d'IA générative auprès des jeunes, pour les sensibiliser à cette révolution numérique”, indique-t-il. En parallèle, il mène un travail de sauvegarde du patrimoine culturel : les paysages du pays Bassari, Peul et Bédik, ou encore la Maison des Esclaves de Gorée, sont valorisés par l’IA.Il développe également des avatars 3D conversationnels qui créent un pont entre réalité étendue et intelligence artificielle, ouvrant la voie à de nouveaux récits immersifs africains.
🎥 Rooney Audrey Longendja : redonner voix aux langues africaines
Réalisateur, scénariste et vidéaste congolais installé à Dakar, Rooney Audrey Longendja est le fondateur de IA Ubuntu, une plateforme open-source capable de générer des voix synthétiques en langues africaines (wolof, lingala, bambara), en reproduisant fidèlement les accents locaux.Adoptée par plusieurs entreprises pour leurs contenus audio, cette innovation répond à un défi linguistique et identitaire majeur :« Si l’IA ne comprend pas nos langues, elle ne pourra jamais raconter fidèlement nos histoires », souligne-t-il.
🌍 Dakar, socle d’un écosystème panafricain de l’IA créative
Ce foisonnement ne doit rien au hasard. Dakar bénéficie d’un écosystème favorable :- Formations gratuites : des ateliers d’initiation à l’IA ouverts au grand public.- Soutien institutionnel et artistique : la Biennale de Dakar met en lumière les œuvres hybrides.- Réseaux transafricains : des coopérations avec Lagos, Abidjan, Nairobi ou Paris renforcent les échanges.
🚀 Des usages concrets, au-delà de l’art
- Branding culturel : des motifs IA inspirés du wax et des fresques traditionnelles.- Tourisme augmenté : les vidéos immersives enrichies par IA valorisent les sites culturels comme Gorée.- Préservation linguistique : les voix synthétiques permettent aux langues minoritaires d’exister dans le numérique.
🔮 Une Afrique qui façonne sa propre révolution technologique
Avec des figures comme Hussein Dembel Sow, Malick Faye Diagne et Rooney Audrey Longendja, l’Afrique ne subit plus la technologie — elle la transforme.À Dakar, l’intelligence artificielle devient un langage pour dire le passé, façonner le présent, et inventer un futur à notre image.
* Amina Eltmali est spécialiste et formatrice en Intelligence artificielle. Elle dirige le cabinet Mind AI.
