Côte d’ivoire : Tidjane Thiam retrouve la présidence du PDCI-RDA

RELANCE. Sa réélection avec 99,77 % des voix remet Tidjane Thiam en selle et permet d’éviter la mise sous tutelle administrative de son parti, le PDCI-RDA. Mais tout n'est pas joué.

Côte d’ivoire : Tidjane Thiam retrouve la présidence du PDCI-RDA

Voilà qui coupe l’herbe sous les pieds à tous ceux qui se sont appliqués à essayer de sortir l’ex-président de Credit Suisse de la course à la présidence de la République de Côte d’Ivoire. Le chemin qui reste à parcourir est certes long mais une épée de Damoclès est écartée : celle qui, par l’invalidation de la désignation de Tidjane Thiam à la tête du parti, aurait entraîné celui-ci dans des eaux tumultueuses et sans personne ou presque à la barre.  Mais comment les choses se sont-elles passées ?  

Une réélection triomphale de Tidjane Thiam

L’élection de Tidjane Thiam à la présidence du PDCI-RDA est intervenue après sa démission le 11 mai 2025 dernier pour éviter que le tribunal mette le parti sous tutelle administrative. C’est donc d’abord une réponse à une procédure judiciaire en cours. 

Les résultats proclamés en fin de journée donnent 5 190 voix à M. Thiam sur 5 202 suffrages valablement exprimés, soit un score de 99,77 %. Le scrutin, marqué par une forte mobilisation, a enregistré un taux de participation de 92,69 %, avec 5 211 votants sur un total de 5 622 inscrits. Les organisateurs ont relevé 9 bulletins nuls et 12 bulletins blancs.

Cette élection marque un tournant pour le PDCI-RDA, l’un des plus anciens partis politiques de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique de l’Ouest, fondé en 1946 par Félix Houphouët-Boigny, premier président de la Côte d’Ivoire indépendante.

Dans un message adressé aux militants dans la nuit du 11 au 12 mai 2025, Tidjane Thiam avait dénoncé un “harcèlement judiciaire orchestré” contre lui et son parti, affirmant que ces attaques visaient à le marginaliser et à l’écarter du débat démocratique. “Depuis mon élection à la présidence du PDCI-RDA, j’ai eu l’honneur de moderniser et redynamiser notre parti, et de susciter un réel engouement parmi nos compatriotes”, avait-il rappelé.

Etape suivante : la bataille pour la validation de sa candidature

Au siège du PDCI, mardi 13 mai 2025, Akossi Bendjo, vice-président et coordonnateur général du parti, avait déclaré que “dès demain (14 mai 2025), quand Thiam sera élu”, le parti se battra pour qu’il soit candidat à la présidentielle du 25 octobre 2025.

M. Bendjo a également rappelé le “rêve” de Tidjane Thiam, à savoir “une Côte d’Ivoire maîtresse de son destin et réconciliée et, exemple de progrès en Afrique et dans le monde, où l’Homme, au centre des priorités, pourra s’épanouir dans la dignité et contribuer à la grandeur de notre nation”.

Le message aux militants après sa réélection

Dans une vidéo, aux militants depuis l’Europe, le leader du PDCI aujourd’hui bien campé dans l’opposition, s’est adressé ce mercredi 14 mai 2025, après son élection à la présidence du parti, pour se conformer à la loi régissant les partis politiques en Côte d’Ivoire.

“Je suis réélu avec une majorité extrêmement extraordinaire, je suis ému et je vous remercie”, a dit Tidjane Thiam aux militants du PDCI, indiquant que “ce qui m’importe, c’est de ramener le parti au pouvoir et aucune diffamation ne va me détourner de l’objectif”. 

“Nous sommes victimes d’injustice, il nous reste une grosse bataille à mener pour que je puisse être candidat à l’élection présidentielle, puisque vous m’avez désigné comme le candidat du parti, que je puisse être inscrit sur la liste électorale”, a-t-il soutenu, cité par APAnews.

“Ce combat-là, je vous l’invite à le mener avec moi. On verra bien ce que la justice dira demain, puisqu’il y a une audience le 15 mai 2025. Aujourd’hui, on a évacué un sujet judiciaire puisqu’on disait qu’on avait trompé le PDCI sur ma nationalité”, a-t-il lancé.

“On garde l’œil fixé sur l’objectif, une véritable alternance pacifique en Côte d’Ivoire pour gouverner autrement. L’Afrique nous regarde, on ne peut pas échouer dans le combat qu’on mène”, a déclaré le président réélu.

Il a salué “un grand acte de confiance” des militants qui l’ont réélu en l’espace de 72h. Pour lui, toutes les attaques de ses pourfendeurs ont d’ailleurs permis à beaucoup de connaître sa personnalité tout en rassurant qu’il est “serein” et qu’il “n’est pas perturbé”.

“Il faut que nos adversaires comprennent qu’il faut qu’ils changent d’approches. Ici, en Europe, dès que je sors de chez moi, je suis envahi par des Ivoiriens et des non Ivoiriens”, a-t-il soutenu, promettant une alternance pacifique et de gouverner autrement.

Quid des faits qui ont conduit à cette séquence 

Pour rappel, la justice a ordonné, en avril dernier, la radiation du nom de Tidjane Thiam de la liste électorale, arguant qu’il avait perdu sa nationalité ivoirienne lors de son inscription, en 2022. Selon le Code de la nationalité, “perd la nationalité ivoirienne, tout Ivoirien qui acquiert une autre nationalité”.

Pour anticiper sur une procédure judiciaire en cours dans laquelle la plaignante, Mme Valérie Yapo soutient qu’il n’était pas Ivoirien lors de son élection à la présidence du PDCI, Tidjane Thiam a préféré démissionner. Le juge rend son verdict ce 15 mai 2025.

L’ex-CEO de Crédit Suisse a acquis en 1987 la nationalité française, alors qu’il était étudiant en France. Il n’a renoncé à son allégeance à la République Française qu’en mars 2025. De ce fait, tous ses actes avant cette date auraient pu être frappés de nullité. 

En tout cas, une séquence importante vient de se clore avec une mise à jour du statut juridique de Tidjane Thiam. Reste maintenant à voir comment son destin politique va se jouer alors que le gouvernement  ne donne pas l’impression de vouloir rouvrir le chantier des listes électorales, la seule possibilité aujourd’hui pour Tidjane Thiam d’être inscrit et donc de participer aux prochaines joutes électives à la présidence de la République. (TransContinentsAfrica)

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