Comment l’Afrique numérique se voit en 2030

CONSTRUCTION. Venus de plus de 20 pays, ministres en charge du Numérique et des Finances de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, organisations régionales, secteur privé et jeunes entrepreneurs ont échangé à Cotonou.

Comment l’Afrique numérique se voit en 2030

Comment réduire la fracture numérique, préparer l’arrivée de l’intelligence artificielle et transformer le potentiel démographique de la région en opportunités économiques : tel a été mi-novembre l’objet du sommet de Cotonou co-organisé par le Bénin et le Groupe de la Banque mondiale. Clairement, il s’est agi de trouver les voies et moyens de faire du numérique un levier d’emplois et de croissance pour la région. Et pour y parvenir, les participants ont souligné l’importance d’investir dans les infrastructures, les compétences et un cadre de confiance.

Le numérique, un levier de développement économique

Comme pour ouvrir le chemin, une tribune co-signée par le ministre béninois des Finances, Romuald Wadagni, et le vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Ousmane Diagana, a défendu l’idée que le numérique peut être un moteur de développement économique et social pour la région. 

Et d’essayer de traduire les principes avancés en engagements concrets. Ainsi, les participants ont discuté de la mise en œuvre de projets concrets pour améliorer l’accès à internet, promouvoir l’innovation et l’entrepreneuriat numérique, et renforcer les capacités des populations pour tirer parti de l’économie numérique. 

Qu’en est-il ressorti ? D’abord, une Déclaration décrivant le numérique de la région à l’horizon 2030. 

Ce que dit la Déclaration de Cotonou 

La Déclaration de Cotonou qui a été adoptée fixe un cap à 2030. Ses principaux axes d’action en sont les suivants : élargir l’accès à un Internet abordable et fiable, déployer des infrastructures numériques publiques (identité numérique, systèmes de paiement), renforcer la cybersécurité et la protection des données, et créer un environnement propice au commerce électronique et aux services numériques transfrontaliers.

La question de l’emploi a traversé l’ensemble du document. à travers deux points : les pays s’engagent d’abord à former massivement aux compétences numériques de base et avancées, et ensuite, à créer des opportunités pour les jeunes et les femmes dans l’économie digitale.

Et derrière les formulations techniques, c’est bien une bataille sociale qui se joue à savoir permettre d’éviter que l’Intelligence artificielle (IA) et les plateformes ne creusent davantage les inégalités entre ceux qui maîtrisent ces outils et les autres.

Un point d’étape important en 2028

Ainsi, pour ne pas rester au stade des bonnes intentions, les États ont accepté un premier test en 2028. Un tableau de bord régional devra à ce moment mesurer, pays par pays, les progrès accomplis : coût de la data, usage d’Internet en zones rurales, part des services publics accessibles en ligne, niveau d’équipement des écoles, dynamique de l’entrepreneuriat numérique.

Dans la même logique, la Déclaration de Cotonou prévoit aussi la création d’un forum numérique régional annuel, associant gouvernements, institutions régionales, entreprises, société civile et partenaires techniques et financiers.

L’idée est de transformer les engagements de Cotonou en rendez-vous réguliers, où chacun pourra confronter les annonces aux résultats. Dans chaque pays, des “pactes numériques” sont appelés à formaliser les priorités de réforme et la mobilisation des financements publics et privés.

Évoluer vers un marché numérique africain intégré

Même s’il n’a pas prétendu régler en deux jours des décennies de retard, il a envoyé un signal : celui d’une région qui cherche à parler d’une seule voix sur le numérique, en liant connectivité, cadre réglementaire et emploi, plutôt que de multiplier les stratégies nationales parallèles.

Pour les gouvernements, l’exercice est exigeant. En adossant la Déclaration à un calendrier – 2028, 2030 – et à des mécanismes de suivi, ils acceptent que leur action puisse être évaluée à l’aune de résultats tangibles.

Un pari pour le Bénin et la région

Pour le Bénin, qui a pris l’initiative d’accueillir et de co-construire ce rendez-vous, c’est un pari assumé : celui de faire du numérique non plus un slogan, mais un chantier politique suivi, où la crédibilité se mesurera à la capacité à tenir la promesse faite à la jeunesse de la région.

Quant à la Banque mondiale, elle a déjà lancé plusieurs initiatives pour soutenir la transformation numérique de l’Afrique de l’Ouest, notamment le Programme régional pour la transformation numérique de l’Afrique et l’intégration numérique en Afrique de l’Ouest doté de 266,5 millions de dollars.

Ce programme vise à améliorer l’accès à internet, à promouvoir un marché numérique unique sur le continent africain et à renforcer les capacités des populations pour tirer parti de l’économie numérique. (TransContinentsAfrica)

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