Sous l’impulsion du Cheikh Abdullah Bin Bayyah,initiateur du Forum d’Abou Dhabi pour la paix, Nouakchott a accueilli en janvier dernier la 5e édition de la Conférence africaine pour la promotion de la paix. Le thème central en a été “Le continent africain : le devoir de dialogue et la pertinence des réconciliations”. La capitale mauritanienne poursuit ainsi dans la lancée qui a consacré la Déclaration de Nouakchott comme le document de référence de la Vision africaine pour la paix depuis le 33e Sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine qu’a présidé en 2024 le Chef de l’Etat mauritanien, le Président Mohamed Ould Ghazouani. Aux premières loges des acteurs intéressés par ce moment crucial, Cheikh Amadou Ba, président du Conseil national des imams de France, s’est depuis longtemps senti concerné par la problématique qui en est centrale, à savoir la paix. Il a partagé sa réflexion sur le sujet avec TransContinentsAfrica.
TransContinentinentsAfrica : Qu’est-ce qui donne à cette 5e édition de la Conférence africaine pour la promotion de la paix toute sa pertinence ?
Cheikh Amadou Ba : La thématique centrale de cette 5e édition m’est apparue très pertinente en raison de l’augmentation des discours de haine mais aussi de la multiplication des actes d'extrémistes religieux et politiques. Plus que jamais, il y a un devoir de dialogue et un maximum d’initiatives doit être pris pour multiplier les réconciliations entre des oppositions en belligérance. Les discours de haine et les extrémismes religieux font aujourd’hui le lit de fortes tensions et souvent de conflits violents à l’intérieur de nos sociétés, de nos communautés, de nos pays et, quelquefois, entre nos différentes communautés et nos différents pays. Nous devons tout faire pour les contenir voire les faire disparaître.
Comment, dans un tel environnement traversé par de profondes tensions, promouvoir une culture de réconciliation, de dialogue et de paix pour une Afrique unie et plurielle ?
Comme toute construction, la paix, aboutissement suprême de la réconciliation et du dialogue, a besoin de fondations solides. Je les situe à trois niveaux :
- redonner à l’enseignement traditionnel la place qu’elle mérite dans nos sociétés ;
- reprendre en main le narratif sur nos sociétés, nos communautés et nos pays ;
- organiser une déclinaison pratique inclusive des valeurs portées par cette culture de paix espérée.
Commençons par l’enseignement traditionnel. Comment lui redonner la place qu’elle mérite ?
L’année dernière, nous avons, dans le cadre de cette Conférence, abordé la question de l’enseignement traditionnel. Nous avions loué sa forte capacité à garder la pureté du message religieux ainsi que son contenu de paix. Cela n’est pas une simple vue de l’esprit puisque, par le passé, il a fait ses preuves face à des extrémismes. Mieux, il a montré sa pertinence dans un champ religieux pluriel où se côtoient la coutume, l’islam et le christianisme. Allant au-delà de son rôle religieux, il a démontré qu’il avait aussi un rôle social en ce qu’il alimente la paix civile avec un esprit de bonne entente, de bienveillance et de fraternité. Egalement instance d’arbitrage pour le règlement des conflits, il a cet avantage de pouvoir s’imprégner des émanations de ses environnements et de poursuivre un agenda social et spirituel loin de l’agenda politique des extrémismes. Dans un contexte où l’Afrique et ses populations reviennent à eux-mêmes en manifestant une forte volonté de ré-enracinement et d’inclusion, ce sont autant de raisons de porter une attention particulière à l’enseignement traditionnel dans un continent qui veut faire de sa jeunesse et de sa démographie un atout pour demain.
Pour suivre le fil de votre raisonnement, comment reprendre en main le narratif sur nos sociétés, nos communautés et nos pays ?
Je dirais qu’en droite ligne de la ré-installation de l’enseignement traditionnel sur le chemin du Savoir, il est important de réfléchir et de mettre en oeuvre une stratégie pour réveiller nos histoires et nos imaginaires par une vigilance et une meilleure maîtrise des circuits et outils d’information et de communication. En un mot comme en cent, il s’agit de remettre au goût du jour des circuits et modes de pensée qui nous soient propres mais qui n’en ignorent ni n’excluent d’autres approches du fait de la pluralité et de l’ouverture propre à notre monde actuel. Cela pose la question de la réflexion à un média africain de référence vers lequel la majeure partie des Africains pourraient se tourner pour s’informer sur eux et sur les autres mais aussi pour se faire leur propre opinion du monde actuel en plein bouleversement géopolitique, géo-économique, géo-social et même géo-culturel. Plus que jamais, il est essentiel dans le narratif de privilégier la dimension sociale et spirituelle du religieux porteur d’un message de paix.
Que dire du troisième niveau que vous avez évoqué à savoir organiser une déclinaison pratique inclusive des valeurs portées par cette culture de paix espérée ?
L’idée est de travailler au contenu d’un corpus juridique auquel les populations puissent adhérer parce que le reconnaissant comme garant d’un cadre d’inclusion où la logique qui tiendra lieu de fil rouge sera celle du dialogue, de l’équité et de la tolérance. De quoi baliser un nouveau chemin vers un monde pluriel où le vivre-ensemble rime avec solidarité, confiance et sécurité. En somme, vers un monde de paix auquel nous aspirons tous. (TransContinentsAfrica)
