L'annonce de la disparition de cette grande figure cinématographique nigériane a été faite par sa famille, plongeant Nollywood et le continent tout entier dans le deuil.
Né le 11 juillet 1942 à Kano, l'homme portait dans son sang les racines de la communauté Egba Alake d'Abeokuta, dans l'État d'Ogun. C'est pourtant loin de cette terre ancestrale, dans les rues de Kano, que le jeune Jacobs a découvert sa vocation, entre pièces scolaires et activités paroissiales. Une représentation du dramaturge Hubert Ogunde, figure tutélaire du théâtre nigérian, achèvera de sceller son destin.
De Londres à Lagos, un pont entre deux mondes
Formé à la prestigieuse Royal Academy of Dramatic Art de Londres, Olu Jacobs entame sa carrière sur les planches et les écrans britanniques, avant de conquérir le cinéma international. Ce détour par l'Europe n'est pas anecdotique : il façonne un acteur à la discipline rare. Il ramènera au Nigeria une rigueur théâtrale que Nollywood, alors balbutiant, absorbera comme un héritage précieux.
Car c'est bien là que réside la singularité de l'homme. Il n'a pas seulement traversé l'histoire du cinéma nigérian : il en a été l'un des architectes silencieux, de la génération qui a transformé le métier d'acteur en véritable profession. Plus de cent productions porteront sa marque.
Roi sans couronne du grand écran
Sa voix grave, sa stature, son autorité naturelle en ont fait l'interprète de prédilection des rois, chefs et patriarches à l'écran au point qu'aux côtés de Pete Edochie, il est aujourd'hui considéré par la critique comme l'un des acteurs les plus influents que l'Afrique ait connus, une véritable icône culturelle.
La reconnaissance institutionnelle suivra logiquement ce parcours. L'Africa Movie Academy Award du meilleur acteur en 2007, l'Industry Merit Award en 2013, puis le AMAA Lifetime Achievement Award en 2016. En 2011, l'État nigérian le fait Membre de l'Ordre de la République fédérale, consécration ultime d'une vie donnée à l'art.
Une œuvre à deux voix, avec son épouse Joke Silva
Sa vie professionnelle s'est bâtie en tandem avec celle de son épouse, l'actrice Joke Silva, elle-même figure respectée du cinéma nigérian. Ensemble, ils ont fondé le Lufodo Group, structure à travers laquelle le couple investit dans la production cinématographique et dans la formation des nouvelles générations aux métiers du septième art, une manière de perpétuer, bien au-delà de sa propre disparition, l’amour du métier transmis à ceux qui viendront après lui.
Une disparition à un moment crucial pour Nollywood
La disparition d'Olu Jacobs intervient à un moment où Nollywood, désormais reconnu comme l'une des industries cinématographiques les plus prolifiques au monde, cherche encore à consolider ses fondations institutionnelles et son rayonnement international. Sa trajectoire — de Kano à Londres, puis de Londres à Lagos — rappelle que cette industrie, aujourd'hui portée en étendard de la créativité africaine, s'est construite sur les épaules d'une génération de pionniers dont il fut l'un des plus dignes représentants. (TransContinentsAfrica)
