Depuis le 5 juillet 2026 et jusqu'au 2 janvier 2027, les Robert B. Menschel Galleries du Museum of Modern Art accueillent “Architects of Liberation : Modernism in Western Africa”. C’est la première grande exposition muséale à interroger le rôle de l'architecture dans la construction des jeunes nations ouest-africaines indépendantes.
Sept pays dans un même élan de liberté
L'exposition couvre sept pays sur une période qui va de la fin des années 1950 au début des années 1980. Il s’agit du Bénin, du Cameroun, de la Côte d'Ivoire, du Ghana, du Nigeria, du Sénégal et du Togo.
Le point de départ est connu de toute l'Afrique. Ce sont deux dates :
- 1957, indépendance du Ghana ;
- 1960, l'”Année de l'Afrique”, avec dix-sept nations qui accèdent à l'autonomie politique.
Ce que le MoMA propose ici, c'est de lire cette bascule historique non pas seulement à travers les discours et les drapeaux, mais à travers le béton, le verre et l'acier.

Curatée par Martino Stierli, conservateur en chef du département Architecture et Design, et Ikem Stanley Okoye, professeur associé à l'Université du Delaware, avec le concours de Mallory Cohen, l'exposition est l'aboutissement de quatre années de recherches menées sur le terrain. Résultat : près de 450 objets, des dessins d'architecture, des maquettes et des photographies d'archives, provenant de plus de cinquante prêteurs répartis dans dix-sept pays. La plupart de ces pièces n'avaient jamais été montrées au public, et la majeure partie des architectes présentés n'avaient encore jamais fait l'objet d'une exposition ou d'une publication scientifique.
Une architecture pour accompagner l'auto-détermination
Remettons-nous dans le contexte. Les nouveaux États voulaient projeter, à l'intérieur comme à l'extérieur, une image tournée vers l'avenir, progressiste et cosmopolite. Le modernisme architectural, avec sa monumentalité, ses lignes épurées et ses prouesses techniques, s'est imposé comme l'outil de cette ambition. Mais ce modernisme-là n'a pas été un simple copié-collé de l'Europe : il s'est frotté aux idées du panafricanisme et de l'”africanisation”, porté à la fois par des architectes venus du continent et par d'autres, arrivés de l'étranger.
L'exposition organise son parcours autour de projets-phares qui sont de véritables portes d'entrée vers des thématiques comme les paysages urbains, les espaces d'événements, l'éducation ou l'habitat.
Parmi les pièces maîtresses figure La Pyramide d'Abidjan, conçue par l'architecte italien Rinaldo Olivieri et achevée en 1973, un repère architectural devenu, avec le temps, un symbole de la Côte d'Ivoire moderne.
On y retrouve également le siège de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) à Lomé, signé Guy Durand, Yves Ménard et Messan Raphaël Ekoué-Hagbonon.
Le troisième volet d'un triptyque
Cette exposition qui a lieu actuellement ne s’inscrit pas dans un hasard de calendrier. “Architects of Liberation” vient en effet clore un triptyque d'expositions consacrées par le MoMA à l'architecture de l'émancipation politique, après “Toward a Concrete Utopia : Architecture in Yugoslavia, 1948-1980” et “The Project of Independence : Architectures of Decolonization”.
Le musée new-yorkais construit ainsi, exposition après exposition, une cartographie mondiale des architectures nées de la rupture coloniale ou impériale et l'Afrique de l'Ouest y trouve enfin sa juste place.
La “libération” au coeur de l’exposition
La démarche n'élude pas les tensions. Les commentateurs qui ont visité l'exposition soulignent qu'elle ne referme jamais totalement la question de ce que fut, concrètement, la “libération”, un mot que l'on invoque plus qu'on ne le définit toujours pleinement.
Mais c'est peut-être là sa plus grande honnêteté intellectuelle : montrer que l'indépendance ne fut jamais un programme esthétique figé, mais une négociation permanente entre institutions, culture et espace.
Rendre à nouveau visible une architecture devenue transparente
Au-delà de la prouesse archivistique, un dessin est une promesse, une maquette un objet spéculatif, une photographie fige un bâtiment dans sa première vie, avant l'usure, les revirements politiques ou les mutations urbaines, cette exposition redonne de la visibilité à des bâtiments que le temps, la négligence ou l'oubli institutionnel avaient parfois relégués hors du canon architectural dominant.
En consacrant ainsi l'architecture ouest-africaine de l'ère des indépendances, le MoMA ne se contente pas d'ajouter des exemples à un canon moderniste déjà écrit ailleurs. Il interroge la manière même dont ce canon a été construit et redonne à l'Afrique de l'Ouest la paternité de son propre récit moderne. (TransContinentsAfrica)
