Cinéma : la légende africaine Souleymane Cissé s’en est allée

DISPARITION. Tout juste désigné président du jury du 29e FESPACO, le réalisateur malien s’est éteint à 84 ans à Bamako ce 19 février.

Cinéma : la légende africaine Souleymane Cissé s’en est allée

Pionnier du septième art africain, lauréat du Prix du Jury à Cannes en 1987 et double vainqueur de l’Étalon de Yennenga, le doyen du 7e art africain qu’était Souleymane Cissé était né dans la capitale du Soudan français en 1940. 

Une oeuvre enracinée dans les réalités africaines 

Formé à l’Institut des hautes études cinématographiques de Moscou où il avait fait ses gammes de projectionniste puis de directeur de la photographie, Souleymane Cissé a rejoint à son retour au pays en 1970 le service cinéma du ministère de l'Information. De là, il a sillonné le Mali de long en large, ce qui lui a permis de bien s’imprégner des réalités de l’âme de son pays et de préparer sa route de réalisateur. 

En 1975, il a réalisé son premier long métrage “Den Muso”. Il y conte le drame d'une fille-mère muette et abandonnée. A travers ce film, c’est la question de l’oppression des femmes qu’il aborde. A sa sortie, il est d’ailleurs frappé d’interdiction et va valoir à son réalisateur un séjour en prison. 

En 1978, il sort son deuxième, “Baara” (Le travail) et en 1982, “Finyè”, qui met en scène la révolte d'étudiants maliens contre le régime militaire. A Catherine Ruelle, journaliste et critique cinéma à Radio France Internationale qui l’interrogeait à propos de ce troisième film, il dira : "Ce film ne fait qu'ajouter à l'idée que je me fais du cinéma. C'est-à-dire aller à la recherche d'une culture qui ressemble à mon peuple, à mon pays qui est le Mali. C'est à travers les images que j'ai voulu m'exprimer – et je tiens à continuer – pour qu'il y ait une expression vraiment cinématographique, et qu'à travers celle-ci, le monde entier puisse découvrir cette culture qui a toujours été ignorée par certains".

Pour “Baara” et “Finyè”, Souleymane Cissé a obtenu la récompense suprême du FESPACO : l’Étalon de Yennenga. 

“Yeelen”, le sacre cinématographique

Mais c’est en 1987 qu’il se révèle véritablement à la face du monde avec son chef-d’œuvre “Yeelen”, un film dans lequel il explore la spiritualité bambara.  Le Prix du Jury lui sera décerné cette année-là à Cannes faisant de lui le premier cinéaste d’Afrique subsaharienne primé sur la Croisette. Dans son discours, il exprimera son émotion mais aussi la raison qui l'a motivé à embrasser le 7e art. “Je suis venu à ce festival pas pour gagner des prix mais pour une ouverture plus large. Pour que le cinéma soit universel”, dira-t-il remerciant "ceux de l’autre côté qui l’ont aidé et qui n'ont pas le droit de parler". Objectif atteint puisque l’une des particularités de ce film a été d’ouvrir aux cinéphiles un univers jusque-là lointain, celui des rapports au sein de familles africaines, la singularité de la perception des environnements autant humains que naturels dans les sociétés plurielles du Continent. 

Comme pour boucler la boucle, c’est dans cette même ville de Cannes que le réalisateur a reçu le Carrosse d’or, distinction qui salue pour ainsi dire l’ensemble de son immense oeuvre marquée par des films abordant des thèmes pertinents ouvrant droit à la critique de la société, à la défense des valeurs culturelles authentiquement africaines, à la condition des femmes et à la lutte contre les oppressions. Une trajectoire qui a ajouté à la dimension universelle de l'oeuvre cinématographique de Souleymane Cissé. (TransContinentsAfrica)

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