Centrafrique : un quadruple scrutin crucial

TOURNANT. La combinaison d’une présidentielle, de législatives, de régionales et de municipales, les premières depuis 1988, illustre un moment historique pour la stabilité du pays.

Centrafrique : un quadruple scrutin crucial

Les enjeux ont été de taille en ce 28 décembre pour la Centrafrique. Ce n’est en effet pas commun dans un pays en butte à des défis politiques, sécuritaires, économiques et sociaux d’organiser le même jour quatre scrutins à plusieurs niveaux en même temps. Pour le plus important, la présidentielle, le chef de l’Etat sortant, Faustin-Archange Touadéra a brigué un troisième mandat rendu possible par la nouvelle Constitution adoptée en 2023. Celle-ci permet un mandat de 7 ans renouvelable, sans limite.

Sept candidatures validées pour la présidentielle

Pour poser les bases de ce scrutin, le Conseil constitutionnel a validé 7 candidatures sur 10 déposées en novembre 2025. 

En premier, Faustin-Archange Touadéra du Mouvement Cœurs Unis (MCU). Président sortant, il était le favori du scrutin. Son programme a mis l'accent sur la consolidation de la paix à travers les accords avec les groupes armés, la restauration de l'autorité de l'État, le développement des infrastructures, l'exploitation des ressources naturelles et la sécurité avec l’appui des Russes et des Rwandais.

En second, Anicet-Georges Dologuélé de l’Union pour le Renouveau Centrafricain (URCA). Ancien Premier ministre, il était le principal challenger du président sortant. Arrivé 2e à la présidentielle de 2016 et de 2020, il a proposé des “projets concrets” pour sortir de la pauvreté extrême, réconcilier les Centrafricains, renforcer les institutions, construire des infrastructures et attirer les investissements privés.

Le 3e candidat était Henri-Marie Dondra de l’Unité Républicaine (UNIR). Ancien Premier ministre et ministre des Finances sous Touadéra dont il s’est éloigné, Henri-Marie Dondra a insisté sur la réconciliation nationale, la lutte contre la pauvreté et une gouvernance plus inclusive.

Est ensuite venu Marcelin Yaléméndé, pasteur évangélique et entrepreneur dans le transit et les transports. Il a eu comme programme de formaliser l'économie informelle, promouvoir l'éthique et le respect humain, et mettre fin à la “sous-traitance" sécuritaire c’est à dire le recours aux alliés étrangers.

Les trois derniers candidats retenus ont été : 

- Aristide Briand Reboas du Parti Centrafricain pour le Développement (PCD) a proposé un "contrat moral" avec 10 engagements clés dont l’accès à l'eau potable, à l'électricité et à des routes pour tous les Centrafricains.

- Eddy Symphorien Kparekouti du Parti de l'Unité et de la Reconstruction (PUR) est une figure de l'opposition qui a porté des thèmes d'unité nationale, de reconstruction et d'élections transparentes.

- Serge Ghislain Djorie du Collectif d'Alternance pour une Nouvelle Centrafricaine (CAPNCA) quant à lui est un ancien ministre et  candidat en 2020. Son programme a visé l'alternance et une nouvelle gouvernance.

Un contexte de tensions et de visions opposées

La campagne officielle s'est déroulée du 13 au 26 décembre, dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes (groupes armés), de boycott partiel par une partie de l'opposition (comme le BRDC) et d'inquiétudes sur l'inclusivité du scrutin.

Autant dire que le scrutin s'est déroulé dans un climat fragile : insécurité dans certaines régions, accusations d'irrégularités et ingérences étrangères. Une partie de l'opposition a boycotté le vote, estimant le processus biaisé en faveur du président sortant.

Marquée par des décennies de crises, la Centrafrique a vécu un moment d’une grande importance. Comme illustré ci-dessus, les candidats d’opposition ont souvent mis l'accent sur des programmes de réconciliation, de réduction de la pauvreté et de meilleure gouvernance, en contraste avec la continuité sécuritaire et développementale prônée par le président sortant Touadéra.

Un quadruple scrutin sous le regard attentif de la communauté internationale

À l’approche des élections générales prévues le 28 décembre, l’ONU a appelé les autorités et les acteurs politiques centrafricains à garantir un scrutin pacifique et crédible, dans un contexte sécuritaire encore fragile.

Le pays a ainsi été placé sous haute vigilance internationale. Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a appelé les autorités et les acteurs politiques centrafricains à garantir le bon déroulement d’un scrutin simultané présidentiel, législatif, régional et municipal, inédit dans un pays encore marqué par des années de conflit armé.

Dans une déclaration publiée le mercredi précédent le scrutin, le chef de l’ONU a exhorté "tous les Centrafricains à participer au processus électoral" et invité les autorités à veiller à ce que les scrutins se tiennent "de manière pacifique, ordonnée, inclusive et crédible".

Il a également mis en garde contre toute action susceptible d’alimenter les violences ou de porter atteinte à la crédibilité du processus électoral, rappelant l’importance du respect de l’état de droit, des droits humains et des libertés fondamentales.

Les élections municipales, attendues depuis 1988, ont constitué l’un des enjeux majeurs de cette séquence électorale. Leur absence prolongée a affaibli l’administration locale et renforcé la centralisation du pouvoir.

Pour l’ONU, ces élections locales ont représenté "un jalon historique" du processus de paix et une disposition clé de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation signé en 2019, ouvrant la voie à une consolidation de la décentralisation de l’État.

La question sécuritaire au coeur des préoccupations de l’ONU

Sur le plan sécuritaire et logistique, les autorités centrafricaines ont bénéficié de l’appui de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca).

Déployée en 2014, la mission a soutenu l’organisation et le déroulement des élections dans un contexte encore instable, malgré les avancées enregistrées depuis la signature de l’accord de paix.

Si une grande partie du territoire reste sous l’influence de groupes armés, des progrès ont été notés ces derniers mois. Deux mouvements majeurs, l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) et le groupe Retour, réclamation et réhabilitation (3R), ont accepté de déposer les armes en avril.

Au total, 11 des 14 groupes signataires de l’accord de 2019 ont été officiellement dissous avec l’appui de la Minusca.

Tout en saluant les efforts des autorités nationales et des acteurs impliqués dans la préparation du scrutin, le Secrétaire général a réaffirmé l’engagement durable de l’Organisation des Nations unies (ONU) à accompagner la République centrafricaine vers la consolidation de la paix, de la stabilité et de la gouvernance démocratique.

Tout est suspendu au succès du scrutin

Il reste à savoir si ce rendez-vous électoral majeur s'est déroulé dans des conditions qui ont satisfait les participants au point de ne pas rompre les équilibres sécuritaires encore fragiles du pays. 

Ce 28 décembre a été une étape décisive vers la stabilisation et un nouveau défi pour un État toujours en reconstruction. Les résultats provisoires sont attendus début janvier 2026, et un second tour éventuel en février 2026. (TransContinentsAfrica)

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