CAN Maroc 2025 : pour le football africain, le défi de la constance dans la qualité

BILAN. Après l’édition qui vient de se dérouler au Maroc, la Confédération africaine de football ne peut plus courir le risque d’une édition au rabais.

CAN Maroc 2025 : pour le football africain, le défi de la constance dans la qualité

Le Maroc, avec l'organisation de la Coupe d'Afrique des nations, a envoyé un message limpide : le football africain n’a plus besoin de promesses, il a besoin de preuves. Cela s'impose désormais par ce que le royaume chérifien a offert une compétition comparable à celle d’un Euro de football ou d’une Coupe du monde. 

Une CAN alignée sur le haut standard international 

La CAN 2025 au Maroc a été portée par des stades rénovés, alignés sur les standards FIFA (Fédération international de Football Association) et CAF (Confédération africaine de football) ainsi que par une capacité d’absorption du public rare sur le continent. 

Certes, le tableau n’est pas parfait. Il ne l’est d’ailleurs jamais dans ce genre de compétition. Quelques couacs ont été signalés, notamment autour de la billetterie et des accès aux enceintes, au point d’inspirer à certains sélectionneurs des remarques avec une mauvaise foi assumée.

Cela dit, l’essentiel est ailleurs, dans le résultat. 

Le constat qui saute aux yeux est que la Coupe d’Afrique des nations qui vient de se dérouler au Maroc a tenu debout, sans crise d’infrastructures, sans feuilleton humiliant, sans course contre la montre. 

Par rapport à ce qui avait été observé dans certaines précédentes éditions, ce fait n’est pas neutre.

Une dimension politique désormais à prendre en compte

Le contraste ainsi révélé est devenu une donnée politique. Parce qu'aujourd'hui, en Afrique, très peu de pays peuvent accueillir une CAN sans lancer des constructions massives, avec ce que cela implique : retards, surcoûts, chantiers inachevés et, parfois, drames silencieux. 

À force de vouloir marquer l’histoire, on finit souvent par exploser le budget et par fragiliser un peu plus des économies déjà précaires.

Les chiffres parlent d’eux-même. 

Le Maroc possède 12 stades homologués CAF, devant l’Afrique du Sud (10), l’Algérie (7) et l’Égypte (8). Un quatuor qui répond aux exigences de la CAF : 6 à 8 stades pour une CAN organisée en solo, avec des capacités minimales étagées autour de 40 000, 20 000 et 15 000 places. 

Le Maroc, lui, a pu mobiliser 9 stades pendant la compétition, sans incidents majeurs liés à la qualité des infrastructures. Autrement dit : la CAN s’est jouée dans des enceintes prêtes, pas dans des enceintes promises et finalement pas abouties.

Ce qui impose à la CAF d’être réellement pragmatique. 

Le pragmatisme est désormais de rigueur pour la CAF 

Elle n’est plus au temps des candidatures romantiques. Elle doit choisir entre deux visions : continuer à distribuer le tournoi comme un trophée diplomatique, ou l’assumer comme un événement industriel où l’échec coûte cher, en argent, en crédibilité et en respect pour le public.

C’est là que le débat devient délicat pour l’instance continentale du football africain. Car si l’on veut être honnête, une idée s’impose : celle de faire tourner la CAN dans les stades des nations prêtes aujourd’hui prêtes à lui faire tenir son nouveau rang. Aujourd'hui, seuls quatre pays font partie de cette liste : le Maroc, l’Algérie, l’Égypte et l’Afrique du Sud. Ces pays sont les seuls capables d’accueillir la CAN sans se retrouver en situation de saturation, celle de devoir se réinventer et sans se ruiner. 

Car l’enjeu est d’éviter de construire des cathédrales vouées à n’exister que l’espace fugace des quatre semaines de la CAN avant de sombrer ensuite dans le silence et la décrépitude. Et des cas comme ça ne manquent pas en Afrique subsaharienne. 

On peut dire que ce serait moins « grandiose » sur le papier, mais plus fiable dans les faits. Surtout, plus responsable de la part d’États où la précarité est un fait social majeur, et où investir des fortunes dans des stades flambant neufs, relève parfois d’un aveuglement politique et d’une ruineuse extravagance.

L’autre voie réaliste : les co-organisations régionales

Cela dit, la CAF peut également pousser une autre voie plus intelligente  et pertinente : les co-organisations régionales. Celles-ci paraissent plus viables, à l’instar de la CAN 2027 organisée par le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda. L’avantage en est double : elle permet d’éviter la frénésie de chantiers de futurs éléphants blancs mais aussi un calendrier démentiel du fait qu’on s’appuie sur l’existant pour organiser la compétition. 

Un Maghreb conjuguant les infrastructures du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie cumulerait ainsi plus de 22 stades. 

En Afrique australe,  l’Afrique du Sud, la Namibie et le Botswana dépasseraient les 17 stades. 

Ces formules seraient en fait des “clusters” qui partageraient les coûts, répartiraient les matches et réduiraient le risque de voir une édition dérailler avant même son ouverture. 

Dans cette éventualité, une CAN pourrait ainsi épouser le corridor côtier de l’Afrique de l’Ouest, s’alignant sur l’autoroute en cours de réalisation entre Abidjan et Lagos. Dans ce cas, on pourrait compter sur  11 stades répartis entre la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Bénin, le Togo et le Nigéria.

L’heure est venue de fixer un cap clair

La CAF a déjà ouvert la fenêtre des candidatures pour la période 2029-2035. La réflexion autour devrait servir à fixer un cap clair prenant en compte le fait que la CAN n’est pas un chantier mais une vitrine et, pour cette raison, elle ne doit pas être construite dans l’urgence. Une vitrine se prépare et se teste pour en maîtriser au mieux l’impact. 

Ne pas le comprendre et ne pas prendre en compte cette réalité reviendrait fragiliser l’image du continent. Autrement dit, toute fissure de la vitrine CAN entamerait la crédibilité de l’Afrique.

La CAN 2025 a mis l’Afrique à un standard élevé. Le Maroc n’a pas seulement montré ce que le Royaume sait faire, il a rappelé ce que la CAF doit exiger d’une compétition africaine en cohérence avec les moyens, réalités et priorités du continent. (TransContinentsAfrica)

Entrepreneur, Conseil stratégique, Consultant médias et Conférencier

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