Cameroun : Paul Biya candidat à un huitième mandat

BIS REPETITA. Chef de l’Etat depuis 1982, Paul Biya, 92 ans, participera à l’élection présidentielle du 12 octobre prochain. Sa candidature a été déposée à Elecam.

Cameroun : Paul Biya candidat à un huitième mandat

L’âge avancé plus que respectable du président avait pu faire penser qu’il renoncerait à une nouvelle candidature et ce d’autant que le scrutin s’approchant inexorablement, Paul Biya, “candidat naturel du RDPC”, semblait prendre son temps pour communiquer son intention.

Désormais, c’est fait. Celui qui tient le gouvernail du Cameroun depuis 43 ans va se porter candidat pour la huitième à la magistrature suprême.

L’annonce a d’abord été faite sur son compte X (anciennement Twitter) avant que son dossier de candidature ne soit effectivement déposé ce 17 juillet à Elecam, organe chargé de superviser les élections au Cameroun.

Paul Biya affirme ainsi sa détermination à relever les défis du pays et justifie cette nouvelle candidature par la pression de ses partisans ainsi que la nécessité de préserver l’unité nationale.

Une annonce dans un contexte particulier

Il faut dire que quelques signes de contestation n’ont pas manqué qui ont conduit à devoir justifier cette candidature. En effet, au-delà des appels à la relève au sein même de son parti, on a assisté à des décisions attestant de grosses fissures dans les alliances que le RDPC avaient nouées avec d’autres partis et des personnalités de premier plan et ce depuis plusieurs décennies. 

Cela a été le cas avec Issa Tchiroma Bakary qui a été porte-parole de son gouvernement de 2009 à 2018. Jusqu’à sa démission récente, il occupait le poste de ministre de l'Emploi.

Egalement avec Bello Bouba Maigari qui a été un moment premier ministre et qui détenait le portefeuille du Tourisme, avant qu’il n’accepte la nomination de son parti pour briguer la présidence de la prochaine élection prévue du 12 octobre. 

Pour renforcer cette atmosphère particulière, il y a aussi eu les spéculations récurrentes sur la santé de Paul Biya, ses rares apparitions publiques et les critiques de l’opposition qui l’accuse rien moins que d’avoir freiné le développement démocratique et économique du Cameroun. 

Aux interrogations, formulées ou pas, dans son camp ainsi qu’aux  candidatures déjà annoncées par certains de ses anciens alliés, Paul Biya doit également compter avec celles de plusieurs figures de l’opposition.

En première ligne, il y a Joshua Osih, héritier de Ni John Fru Ndi, qui se présente au nom du SDF.

A ses côtés, il y a Maurice Kamto, jusque-là connu comme leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Il va se présenter sous les couleurs du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (MANIDEM). Enfin, Cabral Libii du Parti Camerounais pour la Reconstruction nationale (PCRN). 

Tous appellent à des réformes pour garantir un scrutin équitable craignant pour la stabilité politique, institutionnelle, économique et sociale du pays.

Une épée de Damoclès sur la stabilité

Après plus de quatre décennies de présidence Biya, le risque de fragilisation est très fort sur le plan institutionnel et politique. 

L’explication ? L’incertitude quant à la transition politique du fait qu’aucun successeur n’a été explicitement désigné. Cela accentue bien sûr la dépendance de tout le système à la personne de Paul Biya qui, soit dit en passant, est le plus vieux dirigeant du monde. Entre le risque de luttes internes pour la succession et celui de la vacance du pouvoir, l'incertitude a trouvé sa place et avec elle des inquiétudes légitimes. 

A part ça, s’il y a un front à surveiller de près, c’est bien celui des tensions sociales et des conflits.

Entre, d'une part, la centralisation excessive du pouvoir et, d'autre part, la répression de l’opposition, la société camerounaise a été particulièrement éprouvée et comme si cela ne suffisait pas elle a dû compter avec le conflit séparatiste, qui maintient une tension forte dans les régions anglophones, et la menace permanente des islamistes extrémistes de Boko Haram dans le nord du pays.

Autant d’éléments qui peuvent déraper en crises encore plus graves en cas de contestation électorale. 

Au-delà, il y a lieu de retenir que la menace que constitue la résistance au changement des élites du régime. Soucieuses de préserver leurs privilèges, elles freinent les réformes nécessaires et nourrissent le risque de crise à la fois politique et économique. Conséquence :  la nécessaire dynamique d’inclusivité est freinée et la confiance des investisseurs est érodée face aux interrogations quant à la succession du président Biya et par le discrédit jeté sur un processus démocratique vidé depuis longtemps de sa substance par la répétition d’élections sans alternance réelle. De quoi multiplier les accusations de fraudes, miner la légitimité du régime et nourrir des mouvements de contestation de plus en plus plus radicaux. 

Politiquement, économiquement, socialement, le Cameroun est bien au milieu du gué et le scénario qui se dessine autour des conséquences de cette huitième candidature de Paul Biya est des plus incertains. (TransContinentsAfrica)

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