Angélique Kidjo a son étoile au Hollywood Walk of Fame

CONSÉCRATION. En se voyant décerner la 2 854e étoile scellée sur le trottoir du Hollywood Boulevard, la chanteuse franco-béninoise est devenue la première artiste noire africaine à être ainsi distinguée.

Angélique Kidjo a son étoile au Hollywood Walk of Fame

Désormais, quand vous serez au numéro 7011 du Hollywood Boulevard, face au mythique Hollywood Roosevelt Hotel, en baissant les yeux, vous tomberez sur l’étoile d’Angélique Kidjo. Pour la chanteuse franco-béninoise comme pour tous les artistes qui ont eu l’insigne honneur d’être dans son cas sur le Hollywood Walk of Fame, c’est une consécration. Celle-ci est individuelle puisqu’elle récompense le parcours de cette artiste hors normes mais elle rejaillit aussi sur le tout le continent africain qui voit une de ses enfants honorée qui pose, en creux, la question du temps qu'il aura fallu à Hollywood pour reconnaître un continent entier.

Une première pour une Africaine noire née en Afrique

Il aura cependant fallu attendre la 2 854e étoile pour qu'une musicienne noire née en Afrique y appose enfin son nom. Ce mardi 18 août, Angélique Kidjo, 66 ans, native de Ouidah, a en effet inauguré sa plaque dans la catégorie “Recording”, entourée de l'acteur Willem Dafoe et de Harvey Mason Jr., patron de la Recording Academy, l'institution qui organise les Grammy Awards, dont Kidjo est elle-même quintuple lauréate. Devant une assistance conquise, l'artiste n'a pas choisi la retenue protocolaire. Pour preuve, sa déclaration a été empreinte d’une grande franchise. 

Un audacieux rappel à l'histoire par Angélique Kidjo

“Sans nous, les Africains, aucune musique ne serait possible sur cette planète”, a-t-elle lancé, avant d'entonner un chant sous le regard silencieux du public. 

Cette formule, à la fois revendication et rappel généalogique, résume assez bien ce que cette étoile signifie au-delà du symbole individuel, à savoir une manière de réinscrire l'apport africain, souvent capté, recyclé, parfois effacé par l'industrie musicale occidentale, dans le récit officiel de cette industrie.

Une contribution à la diplomatie culturelle assumée par Cotonou

Du côté officiel, on peut dire que le gouvernement béninois s’est littéralement délectée de ce moment précieux. Il avait annoncé l'événement dès la veille dans un communiqué saluant une “fierté nationale” et a dépêché à Los Angeles le ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine, Yassine Latoundji, ainsi que l'ambassadrice du Bénin aux États-Unis, Agniola Ahouanmenou. 

Ce déploiement institutionnel autour d’une consécration artistique n'a rien d'anodin. Il illustre la tendance de fond de plusieurs capitales africaines à investir la reconnaissance culturelle de leurs figures internationales comme un instrument à part entière de rayonnement diplomatique. De ce point de vue, un tel événement a la même valeur qu'un sommet économique ou une visite d'État. 

Pour Cotonou, le fait de rappeler, dans son communiqué, qu’Angélique  Kidjo a été classée par Time parmi les cent personnalités les plus influentes au monde et désignée par Forbes femme la plus influente d'Afrique, en est une preuve éclatante. 

Au-delà de la musique, l’engagement avec la fondation Batonga

À ce propos, l'hommage rendu par Willem Dafoe a insisté sur le régistre de l’engagement d’Angélique Kidjo dont la fondation Batonga œuvre depuis deux décennies pour l'éducation des filles en Afrique, notamment au Bénin et au Sénégal. “Il ne s'agit pas d'un engagement de façade”, a-t-il souligné. 

Cela dit, un fait a retenu l’attention de certains observateurs : cette consécration d’Angélique Kidjo est arrivée 21 ans après celle de Charlize Theron, actrice, productrice et mannequin américaine mais aussi sud-africaine née à Benoni, en Afrique du Sud, mais blanche. Elle avait obtenu sa propre étoile dès 2005

Le chiffre qui interroge : vingt et un ans

Le contraste est à relever car Il aura donc fallu attendre vingt et un ans et une carrière de plus de quarante ans, dix-huit albums et cinq Grammys pour qu'une artiste noire du continent accède à la même reconnaissance. 

Le fait illustre qu’il ne s'agit pas seulement d'une étoile de plus sur un trottoir qui en compte près de 2 900, mais du comblement, tardif, d'un angle mort structurel de la Walk of Fame elle-même. 

De quoi poser la question du déficit structurel de représentation des artistes africains dans les instances de reconnaissance occidentales. Et Angélique Kidjo elle-même semble en être consciente puisqu’elle a confié ceci en amont de la cérémonie : “Je suis certes la première chanteuse africaine à avoir une étoile sur le Walk of Fame, mais je suis persuadée que je ne serai pas la dernière”. 

L’artiste franco-béninoise a-t-elle ouvert une brèche durable. L’avenir nous le dira. Espérons juste qu’il ne faudra pas encore attendre deux décennies pour avoir le prochain nom africain sur ce Hollywood Walk of Fame. (TransContinentsAfrica)

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