Qui ne se rappelle pas “Un dimanche à Bamako”, ou “M’bifé” du duo Amadou & Mariam ? De superbes moments de soleil sur l’un des sentiers du riche Blues malien qui a donné au monde tant de talents, d’Ali Farka Touré à Toumani Diabaté en passant par Abdoulaye Diabaté du Kora Jazz Trio, entre autres. Depuis ce 4 avril, il ne sera plus possible de les vivre en direct. En effet, Amadou Bagayoko, moitié du célèbre duo Amadou & Mariam, s’est éteint à Bamako. Il avait 70 ans. Figure incontournable de la musique malienne, il laisse une œuvre majeure qui a fait résonner les rythmes du Mali bien au-delà du continent africain. Selon son beau-fils, Youssouf Fadiga, l’artiste était malade depuis plusieurs semaines. Les autorités culturelles maliennes, dont le ministre Mamou Daffé, ont exprimé leur profonde tristesse.
Frappé par le sort tout jeune
Né le 24 octobre 1954 à Bamako, Amadou Bagayoko a perdu la vue à l’adolescence en raison d’une cataracte congénitale. Il s’est initié à la musique très jeune et a rejoint, dans les années 1970, Les Ambassadeurs du Motel de Bamako, un groupe qui a marqué l’histoire musicale de l’Afrique de l’Ouest.
Mais s’il faut s’arrêter à une année importante, c’est moment important, c’est 1975. Cette année-là, à l’Institut des jeunes aveugles de Bamako, il rencontre Mariam Doumbia, également non-voyante. Leur union artistique et personnelle donnera naissance au duo mondialement connu sous le nom d’”Amadou & Mariam”.
Un sillon musical creusé ensemble
Leur musique, fusionnant les traditions maliennes avec des sonorités rock, blues et afro-pop, a su séduire un public international. En 1998, l’album Sou ni tilé, porté par le single “Je pense à toi”, marque le début de leur notoriété en Europe. Ils atteignent un succès majeur en 2004 avec “Dimanche à Bamako”, produit par Manu Chao. L’album reçoit une Victoire de la Musique en France en 2005. En 2008, “Welcome to Mali” est nommé aux Grammy Awards, consolidant leur place sur la scène mondiale.
Des collaborations internationales
Amadou & Mariam ont collaboré avec des artistes tels que Damon Albarn, K’naan et les Scissor Sisters. Leur présence sur les plus grandes scènes internationales – Glastonbury, Coachella, Lollapalooza – a contribué à faire rayonner la musique malienne au-delà des frontières africaines. Leur autobiographie, “Away from the Light of Day”, publiée en 2010, retrace leur parcours singulier.
A coup sûr, ce décès d’Amadou Bagayoko marque la fin d’une époque pour la musique malienne. Il laisse derrière lui une œuvre profondément ancrée dans l’histoire contemporaine de l’Afrique, un pont entre les racines traditionnelles et les ambitions d’ouverture au monde. (TransContinentsAfrica)
