Algérie : l’écrivain Boualem Sansal gracié

SOULAGEMENT. Selon Alger, le président Tebboune “a répondu favorablement” à une demande de son homologue allemand. L'écrivain franco-algérien avait été au cœur d’une grave crise diplomatique entre Alger et Paris.

Algérie : l’écrivain Boualem Sansal gracié

Arrêté en novembre de l’année dernière, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été gracié ce mercredi 12 novembre 2025 par le président Abdelmadjid Tebboune. 

Et Alger a tenu à préciser que le président Abdelmadjid Tebboune “a répondu favorablement” à une demande de son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier, “concernant l’octroi d’une grâce en faveur de Boualem Sansal”. 

Pour rappel, le 1er juillet dernier, la Cour d’appel d’Alger avait confirmé à son encontre une peine de cinq ans de prison prononcée en première instance le 27 mars. 

L’aboutissement d’un long processus

Cette décision a mis du temps à se dessiner. Elle marque l’aboutissement d’un travail diplomatique long et contrarié engagé dès le début de l’année par Berlin en concertation étroite avec Paris, tous deux mobilisés pour trouver une issue honorable à un dossier devenu politiquement encombrant. 

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier avait en effet appelé la semaine dernière à la grâce du détenu algérien. 

"Un tel geste serait l’expression d’une attitude humanitaire et d’une vision politique à long terme. Il refléterait ma relation personnelle de longue date avec le président Tebboune et les bonnes relations entre nos deux pays”, avait déclaré le chef de l’État allemand dans un communiqué. Le dirigeant allemand a  proposé aussi que Boualem soit transféré en Allemagne pour “y bénéficier de soins médicaux (…) compte tenu de son âge avancé (…) et de son état de santé fragile”.

Le premier ministre français Sébastien Lecornu a exprimé son ”soulagement à l’annonce des autorités algériennes, d’avoir gracié Boualem Sansal”.

Ce qui s’est passé depuis l’arrestation de Boualem Sansal 

Boualem Sansal a été arrêté à Alger pour “atteinte à l’unité nationale” et “manœuvres contre l’intégrité territoriale”. Cette interpellation, survenue à la mi-novembre 2024 à son arrivée à l’aéroport d’Alger, a provoqué une vive émotion dans les milieux littéraires et diplomatiques.

Selon les éléments du dossier, les autorités algériennes reprochent à l’auteur du roman “2084 : la fin du mond” d’avoir tenu, lors d’une récente interview à un média français, des propos jugés “provocateurs” sur la frontière algéro-marocaine et sur “l’histoire territoriale du Maghreb”. Dans cet entretien, Boualem Sansal aurait évoqué des “liens historiques et culturels profonds entre l’ouest algérien et le Maroc”, des déclarations perçues par Alger comme “une remise en cause de l’intégrité nationale”.

Les autorités lui reprochent également des “contacts non autorisés” avec des représentations diplomatiques étrangères, notamment l’ambassade de France à Alger, dans un contexte politique marqué par des tensions récurrentes entre Paris et Alger.

Un écrivain critique à l’égard du pouvoir algérien

L’écrivain de 80 ans, connu pour ses positions critiques à l’égard de l’islamisme et des régimes autoritaires, a toujours revendiqué son indépendance intellectuelle et son attachement à la liberté d’expression. Ses avocats ont dénoncé une “instrumentalisation politique d’un écrivain libre”, rappelant que ses propos “relèvent du débat d’idées et non d’une infraction pénale”.

La détention de Boualem Sansal avait suscité de nombreuses réactions à l’étranger. Des organisations telles que PEN International, Reporters sans frontières et le Centre national du livre en France avaient exigé sa libération immédiate, estimant que “le respect de la liberté d’expression est au cœur de toute société démocratique”.

Un écrivain internationalement reconnu

Auteur de plusieurs ouvrages traduits dans une vingtaine de langues, dont Le Village de l’Allemand et 2084, Boualem Sansal est considéré comme l’une des voix majeures de la littérature maghrébine francophone. Lauréat du Grand Prix du roman de l’Académie française (2015), il a toujours défendu un dialogue entre les peuples du Maghreb et de l’Europe fondé sur la tolérance et la vérité historique.

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