Algérie : cette loi de criminalisation de la colonisation française qui fait réagir

ECHOS. Approuvée à l'unanimité par le Parlement, cette loi qui exige des excuses officielles ainsi que des réparations a suscité des réactions en Algérie même et en France.

Algérie : cette loi de criminalisation de la colonisation française qui fait réagir

Élaborée en mai par une commission parlementaire composée de membres des cinq principaux groupes parlementaires, dont le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), la loi votée ce mercredi par le Parlement algérien ne va pas par quatre chemins. Elle désigne la colonisation française qui a duré de 1830 à 1962 comme un crime. 

Ce que dit la loi de criminalisation de la colonisation française

Le texte législatif affirme que la France assume une "responsabilité juridique pour son passé colonial en Algérie et les tragédies qu'il a causées". De manière plus précise, il énumère les essais nucléaires, les exécutions extrajudiciaires, la "torture physique et psychologique" et le "pillage systématique des ressources". 

Il souligne en outre que "l'indemnisation pleine et équitable de l'ensemble des préjudices matériels et moraux causés par la colonisation française constitue un droit inaliénable de l'Etat et du peuple algériens".

Le texte adopté par le parlement algérien qualifie de « haute trahison » la « collaboration des harkis », le nom donné aux auxiliaires algériens de l’armée française, et prévoit de punir toute personne faisant l’apologie ou justifiant la colonisation.

Comment la France a réagi à cette loi

Cette loi est «une initiative manifestement hostile, à la fois à la volonté de reprise du dialogue franco-algérien, et à un travail serein sur les enjeux mémoriels», a réagi  mercredi le ministère français des Affaires étrangères.

Le porte-parole du Quai d’Orsay a souligné que la France n’avait «pas vocation à commenter la politique intérieure algérienne», mais ne pouvait que déplorer une telle initiative. La question de la colonisation française en Algérie est un sujet très sensible, qui demeure l’une des principales sources de tensions entre Paris et Alger.

L'unanimité des partis politiques algériens

Tous les partis ont réagi à l’adoption de cette loi de criminalisation de la colonisation française. 

A commencer par le parti du Front de libération nationale (FLN) qui l’a qualifiée d'"étape historique" qui vient "réaffirmer que le dossier de la mémoire nationale demeure en tête des priorités, qu'il est imprescriptible et qu'il ne saurait faire l'objet d'aucun marchandage ni d'aucune concession". 

Pour le Rassemblement national démocratique (RND), cette loi "adresse un message politique, juridique et moral fort, montrant que la mémoire du peuple algérien n'est pas sujette à l'oubli ou au marchandage". Du coup, le parti y voit "un tournant souverain décisif, consacrant le droit de l'Algérie, Etat et peuple, à défendre son histoire, à préserver la dignité de ses martyrs et à protéger sa mémoire nationale contre les tentatives de falsification, de déni et d'occultation des crimes coloniaux odieux commis durant 132 ans".

Pour le Mouvement El Bina, l'adoption de ce texte "marque une étape charnière dans le processus de préservation de la mémoire nationale et une victoire pour les victimes de la France coloniale en Algérie". 

Abondant dans le même sens, le Front El Moustakbal a estimé que ce texte "souverain" traduit "l'attachement de l'Etat algérien à la mémoire des valeureux martyrs". 

Pour le parti Tajamou Amel El-Djazaïr (TAJ), la démarche de la criminalisation de la colonisation française en Algérie est "en parfaite harmonie avec les principes de la glorieuse Révolution du 1er Novembre et les engagements de l'Etat algérien pour ce qui est de la préservation de la mémoire nationale".

Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) s'est, lui aussi, félicité de l'adoption, par les députés, de ce texte de loi, appelant à parachever ce processus par "l'activation du suivi juridique et diplomatique, et le renforcement de la documentation académique et médiatique pour transmettre la mémoire nationale aux générations montantes".

Dans le même ordre, le parti "Jil Jadid" a souligné son soutien "de principe et constant à toute démarche visant la reconnaissance officielle de la nature des crimes coloniaux français en Algérie, la préservation de la mémoire nationale contre l'oubli ou la falsification, ainsi que la réparation quant aux sacrifices du peuple algérien et des millions de martyrs et de victimes".

Dans le même sillage, le Mouvement Ennahda a salué l'adoption de la loi criminalisant la colonisation, qu'il a qualifiée de "plus noble des cadeaux" de la génération de l'indépendance aux âmes de chouhada, et de "pas béni" vers la préservation de la mémoire nationale et l'aboutissement à "la reconnaissance, aux excuses et aux indemnisations de la part du côté français pour les crimes perpétrés contre l'Algérie, son peuple, sa terre, son identité, son histoire, sa culture et ses biens". (TransContinentsAfrica)

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