40 ans après sa disparition, Cheikh Anta Diop célébré

HOMMAGE. Le 7 février 1986 disparaissait à 62 ans le grand savant sénégalais qui a révélé le lien étroit de l’Afrique avec l’Egypte des pharaons. Le continent ne l’a pas oublié.

40 ans après sa disparition, Cheikh Anta Diop célébré

Quatre décennies après sa mort soudaine dans son sommeil à Dakar, Cheikh Anta Diop reste une figure tutélaire à travers lequel des générations entière d’Africains voient un savant rigoureux, un militant visionnaire et un symbole de la réappropriation africaine de l’histoire. Son legs continuant d’inspirer en cette année 2026 autant les jeunes que les intellectuels rempli du souffle d’un certain panafricanisme, il n’est pas étonnant que plusieurs manifestations officielles et citoyennes aient été organisées en guise d’hommage à travers l’Afrique pour ancrer son héritage dans l’éducation, la culture et la conscience des populations. 

Les hommages en ce 40ᵉ anniversaire

A tout seigneur tout honneur ! Au Sénégal, le président Bassirou Diomaye Faye a rendu un vibrant hommage officiel à Cheikh Anta Diop au nom de la Nation le qualifiant d’”illustre patriote et panafricain convaincu” dont les travaux ont éveillé les consciences africaines et de la diaspora. Il a de fait appelé à intégrer son œuvre dans les systèmes éducatifs et culturels pour une transmission durable.

Toujours au Sénégal, une Marche internationale a été organisée de Dakar à Thieytou, son village natal, des conférences se sont tenues à l’Université de Dakar qui porte désormais son nom, des manifestations ont eu lieu à la Place du Souvenir Africain ainsi que des débats sur l’intégration de sa pensée dans l’éducation africaine.

Au-delà, les médias et la société civile se sont emparés de cet anniversaire pour se faire l’écho de l’oeuvre, de la pensée et des initiatives audacieuses que celui que certains ont baptisé le “Pharaon noir” ou le “Pharaon des temps modernes” a su poses tout au long de sa vie malgré les obstacles scientifiques et politiques dressés sur le chemin de l’expression de la souveraineté culturelle de l’Afrique qu’il a ardemment défendu. 

Quel a été le parcours de Cheikh Anta Diop ? 

C’est le 29 décembre 1923 qu’est né à Thieytou, dans la région de Diourbel, en plein coeur du bassin arachidier, Cheikh Anta Diop qui grandit dans une famille wolof musulmane aisée. Après les premières classes au Sénégal, il s’envole pour la France en 1946 pour des études supérieures à la Sorbonne. Là, il obtient des diplômes en physique nucléaire, d’histoire, d’ anthropologie, de linguistique et de philosophie. 

Sa thèse de doctorat, qu’il a mis neuf ans à faire aboutir (1951-1960), sur l’origine africaine des civilisations antiques est controversée mais devient fondatrice. Il y démontre que l’Égypte pharaonique était une civilisation négro-africaine, et que l’Afrique subsaharienne a une unité culturelle profonde depuis la préhistoire.

De retour au Sénégal en 1960, l’année de l’Indépendance, il enseigne à l’Université de Dakar et y crée le premier laboratoire de radiocarbone en Afrique de l’Ouest. Parallèlement à son travail scientifique, il fonde plusieurs partis politiques dont notamment le Rassemblement démocratique africain, le Front pour l’unité et la défense des libertés démocratiques, etc, tous d’opposition  et prônant un fédéralisme africain et une renaissance culturelle.

Les idées clefs de Cheikh Anta Diop 

Dans le sillage de ce qu’il a toujours mis en avant, Cheikh Anta Diop est un personnage de premier plan parmi ceux, comme Théophile Obenga et Molefi Kete Asante, qui sont considérés comme les chantres d’un certain afrocentrisme même si lui-même ne s’en est jamais revendiqué comme tel. 

Ses idées clefs tournent autour de quatre axes : 

  • L’Égypte antique est mélano-africaine et est le berceau des sciences, arts et philosophies qui ont influencé la Grèce antique et l’Europe ; 
  • Les langues, mythes, systèmes sociaux et techniques montrent une continuité profonde de la vallée du Nil au golfe de Guinée ; 
  • Le biais européocentriste de l’historiographie occidentale doit être dénoncé. Il a ainsi appelé à une renaissance africaine par la réappropriation de l’histoire, des langues et des savoirs endogènes ; 
  • L’Afrique doit bâtir ses Etats-Unis et procéder à la mise en place d’une économie intégrée et à des initiatives pour décoloniser les mentalités.

Pour partager ses idées, Cheikh Anta Diop a publié des ouvrages qui sont devenus des must have de toute bibliothèque panafricaniste digne de ce nom. Ainsi de “Nations nègres et culture” en 1954, “L’Unité culturelle de l’Afrique noire” en 1959, “Antériorité des civilisations nègres en 1967” et “Le Peuple égyptien ancien”, un ouvrage posthume publié en 1989.

Aujourd’hui, les thèses qu’il a soutenues dans ses ouvrages, ses travaux et ses discours sur l’Égypte et sur l’Afrique sont d’une brûlante actualité à travers de nombreux débats autant en Afrique que dans les espaces des diasporas africaines éparpillées sur tous les continents. Bien que contestées par une partie de l’égyptologie académique moderne, elles constituent des supports de prise de conscience de l’importance centrale que représente l’Afrique dans l’histoire du monde. (TransContinentsAfrica)

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