Vingt-cinq ans. Un quart de siècle que, chaque mois d'octobre, Montréal se met à l'heure créole. Pour marquer cet anniversaire, le KEPKAA (Comité international pour la promotion du créole et de l'alphabétisation) a vu grand.
Le samedi 3 octobre 2026, à 19 h 30, la salle Ludger-Duvernay du Monument-National, sur le boulevard Saint-Laurent, a accueilli le spectacle d'ouverture de la 25e édition du Mois du Créole. À l'affiche, deux figures majeures des musiques antillaises : Jocelyne Béroard et Tony Chasseur.
Deux voix, un même héritage
Jocelyne Béroard n'a plus besoin d'être présentée. Voix féminine de Kassav', le groupe qui a porté le zouk sur les scènes du monde entier depuis la fin des années 1970, elle incarne depuis plus de quatre décennies l'élégance et la fierté de la chanson créole.
Tony Chasseur, son compatriote martiniquais, s'est imposé comme l'une des grandes voix de la Caraïbe. Chanteur, arrangeur, meneur du big band Mizikopéyi, il a fait dialoguer le zouk, la biguine et le jazz avec une constance rare.
Accompagnés de musiciens de haut niveau, les deux artistes avaient promis un voyage entre zouk, biguine, kreyòl jazz et rythmes caribéens. Un programme pensé comme une traversée des Antilles en musique.
La scène montréalaise en partage
La soirée ne s’est pas résumée pas à ses deux têtes d'affiche. Les organisateurs avaient tenu à ouvrir la scène aux talents créoles établis au Québec.
Ainsi Rebecca Jean, chanteuse remarquée lors du grand spectacle de la Fête nationale du Québec 2026, a ainsi figuré au programme. Tout comme Jean-Christophe Germain, ancien membre de Malavoi, formation martiniquaise devenue légendaire. Il faut y ajouter le Koulkoulduo d'Harold Faustin et Samina, connu pour sa fusion du jazz et des sonorités créoles.
Il s’agit-là d’un choix qui dit l'essentiel : à Montréal, la culture créole n'est pas une importation ponctuelle. Elle s'y crée, s'y renouvelle, s'y transmet.
Vingt-cinq ans d'engagement
Un peu d’histoire maintenant. Le Mois du Créole est né le 5 octobre 2002, à l'Université de Montréal, à l'initiative du KEPKAA. L'idée de départ dépassait le simple festival : faire du créole un objet d'éducation populaire, de dialogue interculturel et de rayonnement artistique.
Le pari a tenu. Concerts, conférences, contes, initiations à la langue, foires du livre : au fil des éditions, l'événement a tissé un réseau de partenaires et s'est inscrit dans le paysage culturel montréalais, avec le soutien régulier de Patrimoine canadien.
En attendant, il y a lieu de retenir que cette 25e édition va se prolonger tout au long d'octobre. Elle fera notamment escale à la Maison de la culture Claude-Léveillée, pour une soirée “Créolité et francophonie en chansons” réunissant l'Acadie d'Isabelle Cyr et Yves Marchand et le maloya réunionnais du groupe Kozé. Et le mois culminera, comme chaque année, avec la Journée internationale du créole, le 28 octobre.
Des Caraïbes à l'océan Indien, une mémoire africaine
Il faut dire que Montréal n'a pas été choisie par hasard. La métropole québécoise abrite l'une des plus importantes diasporas haïtiennes au monde, aux côtés de communautés antillaises, guyanaises, réunionnaises ou mauriciennes.
Toutes partagent une histoire commune : celle de langues nées de la rencontre, souvent violente, entre l'Afrique, l'Europe et les Amériques ou l'océan Indien. Les tambours de la biguine, les percussions du maloya, les syncopes du kompa portent encore cette mémoire africaine.
En célébrant ses 25 ans au cœur du Québec francophone, le Mois du Créole rappelle que la francophonie ne se limite ni à Paris ni à Québec. Elle se conjugue aussi en créole, de Fort-de-France à Port-au-Prince, de Saint-Denis de La Réunion à Montréal. Et dans ce triangle vivant entre l'Afrique, les Caraïbes et l'Amérique du Nord, la culture demeure le plus solide des ponts. (TransContinentsAfrica)
