RDC : Joseph Kabila fait basculer la crise congolaise dans l'inconnu

TOURNANT. En prenant à Goma la tête du Front pour la refondation de la nation, qui succède à l'AFC/M23, l'ancien président assume la voie des armes. Militaires, politiques, diplomatiques, régionales : les menaces s'accumulent.

RDC : Joseph Kabila fait basculer la crise congolaise dans l'inconnu

Lundi 12 octobre 2026. Goma. Dans sa résidence du chef-lieu du Nord-Kivu, aux mains de la rébellion depuis janvier 2025, Joseph Kabila a été désigné président du Front pour la refondation de la nation (FRN).

L'acte fondateur, issu d'une réunion tenue les 10 et 11 octobre, ne laisse place à aucune ambiguïté. L'Alliance Fleuve Congo (AFC) disparaît au profit du nouveau front. Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa en deviennent vice-présidents. Le général Sultani Makenga prend la tête de l'état-major de des forces armées de ce nouveau front.

L'objectif est assumé : mettre fin au pouvoir de Félix Tshisekedi “par tous les moyens, y compris la force “ Le FRN invoque l'article 64 de la Constitution. Celui-ci fait devoir à tout Congolais de s'opposer à quiconque exerce le pouvoir en violation de la loi fondamentale.

Trois jours plus tôt, le 9 octobre, l'ancien chef de l'État avait préparé le terrain. Depuis un lieu tenu secret, il avait dénoncé une “dictature” et promis d'agir rapidement. Condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025, sanctionné par le Trésor américain le 30 avril 2026, il a désormais choisi son camp. Et les menaces qui pèsent sur la RDC vont se multiplier.. 

La menace militaire et une rébellion qui change de nature

Jusqu'ici, Kinshasa présentait l'AFC/M23 comme le paravent d'une agression rwandaise. En plaçant à sa tête un homme qui a dirigé le pays de 2001 à 2019, le front se donne une légitimité nationale et une vocation à déborder des Kivus.

Kabila connaît l'armée de l'intérieur. Il l'a commandée pendant dix-huit ans. Le risque de défections d'officiers restés fidèles, ou de ralliements de groupes armés en quête de parrain politique, n'a rien de théorique.

La menace politique : Kinshasa tentée par le tout-sécuritaire

Le FRN offre au pouvoir un argument pour assimiler toute opposition à la rébellion. Au moment même où plane le débat sur une révision constitutionnelle. De quoi encore plus crispé le régime qui a suspendu le PPRD de Joseph Kabila en avril 2025 et arrêté en décembre de la même année son secrétaire permanent Emmanuel Ramazani Shadary. 

La menace diplomatique : Doha et Washington pris à revers

Rappelons-nous que le cadre de paix de Doha, signé en novembre 2025, et le mécanisme de vérification du cessez-le-feu installé en août 2026 ont été négociés avec l'AFC/M23. Cette structure n'existant plus, qui siégera désormais à la table ? Washington, médiateur aux côtés du Qatar, peut difficilement traiter avec un front présidé par un homme qu'il a lui-même sanctionné.

La menace d'une internationalisation renouvelée du conflit

Les experts des Nations unies documentent de longue date le soutien du Rwanda au M23. Des troupes burundaises combattent au Sud-Kivu aux côtés des FARDC. L'Ouganda opère en Ituri contre les ADF. Tous les ingrédients d'une nouvelle internationalisation du conflit sont réunis.

La menace humanitaire : les populations en première ligne

Plus de 5,8 millions de personnes sont déplacées. Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme a recensé environ 4 400 violations entre janvier et septembre 2026. Les ADF frappent de nouveau à Beni. Le Sud-Kivu affronte en même temps les combats et une flambée d'Ebola. 

L’économie de guerre consolidée

Les zones tenues par la rébellion abritent des gisements stratégiques, dont les mines de coltan de Rubaya. Un front doté d'une administration, d'une armée et d'un chef d'envergure nationale peut pérenniser cette économie parallèle. Et dissuader les investisseurs que les accords de Washington devaient attirer dans l'Est.

L'histoire de la RDC bégaie à nouveau

En octobre 1996, Joseph Kabila rejoignait l'AFDL, partie de l'Est pour marcher sur Kinshasa avec l'appui de Kigali et de Kampala. Trente ans plus tard, le fils reprend depuis Goma le chemin ouvert par le père.

Mais le monde a changé. La RDC est au cœur de la compétition mondiale pour les minerais critiques. Chaque secousse dans les Grands Lacs résonne désormais de Washington à Pékin, des capitales du Golfe au siège de l'Union africaine à Addis-Abeba. Et rappelle qu'aucune guerre congolaise n'a jamais produit de vainqueur durable. (TransContinentsAfrica)

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