Paludisme : l'Afrique face à un parasite qui apprend à résister

POINT. Du 7 au 9 octobre, les 31e Actualités du Pharo ont posé une question frontale : pourquoi le paludisme résiste-t-il autant ? En Afrique, qui concentre 95 % des décès, la réponse tient en trois mots : résistances, climat, financement.

Paludisme : l'Afrique face à un parasite qui apprend à résister

C'est à l'Hôpital national d'instruction des armées Alphonse-Laveran, du nom du découvreur du parasite, prix Nobel 1907, que se sont tenues les 31es Actualités du Pharo. Organisées par le GISPE et la Société francophone de médecine tropicale et santé internationale, elles portaient un intitulé sans détour : “Contrôle du paludisme : pourquoi est-ce si difficile ?”.

Un fardeau d'abord africain

Selon le Rapport mondial 2025 de l'OMS, la planète a compté en 2024 282 millions de cas et 610 000 décès, en légère hausse sur un an. La Région africaine concentre 94 % des cas et 95 % des décès, soit quelque 579 000 morts, dont trois sur quatre chez les moins de cinq ans.

Cinq pays, à savoir le Nigeria, la RDC, l’Éthiopie, le Mozambique et l’Ouganda, totalisent plus de la moitié des cas mondiaux. Les pays francophones portent plus de 40 % du fardeau, avec environ 247 000 victimes en 2024.

Cela dit, le bilan n'est pas uniformément sombre. En effet, depuis 2000, moustiquaires, tests rapides et combinaisons thérapeutiques ont évité 2,3 milliards de cas et 14 millions de décès.

Au nord, le Maroc, l'Algérie et l'Égypte ont été certifiés exempts. Mais les menaces se déplacent. À Djibouti, le moustique invasif Anopheles stephensi bouscule la donne. Aux Comores, la résurgence du paludisme se répercute jusqu'aux cas importés dans le Sud de la France.

L'artémisinine sous pression

Socle du traitement depuis l'échec de la chloroquine, l'artémisinine voit son efficacité entamée : la résistance partielle est confirmée en Érythrée, en Ouganda, en Tanzanie et au Rwanda, et confirmée ou suspectée dans au moins huit pays.

Au Pharo, Lucie Paloque a mis en évidence, dans des lignées africaines de Plasmodium falciparum, une résistance indépendante du gène K13, le marqueur de surveillance de référence. Une partie du phénomène pourrait donc échapper aux radars.

Valentin Josse a présenté le ravidasvir, molécule issue de l'hépatite C, comme piste pour contrer cette résistance. Alioune Ndour s'est penché sur l'anémie hémolytique post-artésunate, complication encore mal diagnostiquée du traitement des formes graves.

Côté vecteurs, la résistance aux pyréthrinoïdes, qui imprègnent les moustiquaires, est confirmée dans 48 des 53 pays ayant transmis des données à l'OMS.

Un arsenal qui se renouvelle

Bien sûr, face à cette situation, il y a une riposte. Les vaccins RTS,S et R21 sont intégrés aux calendriers infantiles de 25 pays africains, dans le sillage du Cameroun en janvier 2024, mais souvent en deçà des cibles, faute de moyens.

GanLum, association ganaplacide-luméfantrine sans artémisinine développée par Novartis et Medicines for Malaria Venture, a atteint 97,4 % de guérison chez 1 688 patients dans 12 pays africains, contre 94 % pour le traitement de référence. Les démarches d'autorisation sont engagées.

Le congrès a aussi exploré l'intelligence artificielle appliquée au diagnostic et l'effet du changement climatique, qui pousse le paludisme vers de nouvelles altitudes et latitudes.

L'argent, plus que jamais le nerf de la guerre

Il demeure cependant un obstacle majeur : la question de l’argent nécessaire à la résistance. En 2024, le financement mondial a plafonné à 3,9 milliards de dollars, moins de la moitié des 9,3 milliards requis. La huitième reconstitution du Fonds mondial, tenue à Johannesburg, a réuni 12,64 milliards de dollars, loin des 18 milliards visés pour 2027-2029, et acté un virage vers l'autosuffisance des pays. Les ruptures de stock et les retards de campagnes déjà observés montrent que l'aide extérieure ne suffira plus.

Le Pharo a aussi été une vitrine de la recherche africaine, avec des travaux venus de Kinshasa, Gagnoa, Kédougou ou Saint-Louis, et un prix de thèse remis à un chercheur malien pour ses travaux menés à Bamako.

Au-delà de Marseille, le paludisme reste un marqueur des inégalités de développement : il frappe les enfants, freine la scolarisation et grève des systèmes de santé sous tension. Face à un parasite qui s'adapte plus vite que les budgets, l'enjeu devient celui de la souveraineté sanitaire africaine – produire, financer, surveiller soi-même. La francophonie scientifique, de Marseille à Dakar et Bamako, peut en être un levier, à condition de passer de la coopération de vitrine au partenariat d'égal à égal. (TransContinentsAfrica)

PUBLICITÉ
Espace Publicitaire
336×280