Douze mois. C'est le temps écoulé depuis que la Haute Cour constitutionnelle a constaté, le 14 octobre 2025, la vacance du pouvoir et invité le colonel Michaël Randrianirina à exercer les fonctions de chef de l'État. Investi trois jours plus tard “président de la Refondation de la République”, l'ancien commandant du CAPSAT promettait une transition de dix-huit à vingt-quatre mois. Un an plus tard, le cap est fixé sur le papier. Le tempo, lui, reste incertain.
Un calendrier posé pour aboutir à une présidentielle
Le “Programme de la Refondation”, transmis à la SADC le 28 février 2026, dessine l'architecture suivante : concertation nationale, refonte de la gouvernance électorale, nouvelle Constitution, puis présidentielle avant fin 2027.
En mai, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), au bureau renouvelé, a avancé des dates : référendum constitutionnel en juin 2027, présidentielle en octobre. Elle s'est donné onze mois pour reconstruire de zéro le fichier électoral.
En août, au sommet de la SADC, le colonel Randrianirina a évoqué un premier scrutin en juillet 2027, sans prononcer le mot référendum. Fin septembre, sur la radio des Nations unies, il annonçait une liste électorale bouclée en avril 2027, « si tout se passe bien ».
Un constat : la concertation nationale est à la peine
Le cœur du dispositif reste la concertation nationale confiée au Conseil œcuménique des Églises chrétiennes (FFKM). Annoncée pour décembre 2025, puis pour mai et juin 2026, elle n'a été lancée que fin août.
Le chronogramme prévoit une remontée par étapes : fokontany à partir du 14 septembre, communes le 5 octobre, districts le 26 octobre, régions le 16 novembre, puis phase nationale entre mars et mai 2027.
Or, mi-septembre, les Églises recrutaient encore leurs facilitateurs. C'est pourtant de ces résolutions que doit découler le projet de Constitution. Un mois de retard ici, et tout l'édifice glisse.
Le pouvoir l'a compris. Il a réuni à Iavoloha, du 1er au 8 septembre, une concertation multi-acteurs sur la gouvernance électorale, menée en parallèle. Déjà, une question affleure : faut-il élire le président avant de voter la nouvelle loi fondamentale ?
Au coeur des institutions, l'exécutif se cherche
Le 9 mars 2026, le chef de l'État a limogé sans explication officielle le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo, issu du secteur privé, et dissous le gouvernement. Le 15 mars, il nommait Mamitiana Rajaonarison, jusque-là patron de la lutte anticorruption.
Le premier cabinet, peuplé de figures connues de la scène politique, avait déjà fait douter de la rupture promise.
La Gen Z est passée de l'euphorie à la lucidité
La jeunesse qui avait lancé la contestation le 25 septembre 2025, sur fond de coupures d'eau et d'électricité, au prix d'au moins 22 morts selon l'ONU, se dit tenue à l'écart. Ses porte-parole regrettent de ne pas avoir été consultés sur la feuille de route.
Le 12 avril 2026, l'arrestation de plusieurs figures du mouvement pour « atteinte à la sûreté de l'État » a marqué une rupture. Amnesty International y voit un retour de la répression. Dans un pays d'environ 32 millions d'habitants, où l'âge moyen est inférieur à 20 ans, ce divorce pèse lourd.
La diplomatie malagasy est sous surveillance
Suspendu de l'Union africaine dès le 15 octobre 2025, Madagascar est suivi par un envoyé spécial de l'organisation. La SADC, elle, a choisi de ne pas sanctionner, exigeant des bilans d'étape en mai, août et novembre 2026.
Le nouveau pouvoir a aussi affiché son intérêt pour les BRICS et reçu une délégation russe avant même son investiture, signe d'une diversification diplomatique assumée.
Les bailleurs ont maintenu le lien. Le programme du FMI, qui court jusqu'en mai 2027, fait du redressement de la Jirama une priorité : ses subventions ont pu atteindre 250 millions de dollars par an.
Un impératif : briser le cycle de crises politiques
Madagascar vit sa sixième crise politique majeure depuis l'indépendance, après 1972, 1991, 2002, 2009 et 2018. Le pays connaît trop bien ces transitions qui prolongent le provisoire et recyclent les élites.
L'enjeu dépasse la Grande Île. Dans une Afrique où les régimes militaires de transition se sont multipliés depuis 2020, Antananarivo peut confirmer la règle ou démontrer qu'un soulèvement de la jeunesse arbitré par l'armée peut déboucher sur un ordre constitutionnel renouvelé. Réponse en 2027. (TransContinentsAfrica)
