Le Burkina Faso a commémoré jeudi 15 octobre, au Mémorial Thomas Sankara de Ouagadougou, le 39e anniversaire de l'assassinat du capitaine Thomas Sankara et de ses douze compagnons, tous abattus le 15 octobre 1987 au siège du Conseil national de la révolution (CNR) lors du putsch qui porta Blaise Compaoré au pouvoir.
La cérémonie était présidée par le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, au nom du président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré. C'est lui qui, alors porte-parole du gouvernement, avait annoncé le décret du 4 octobre 2023 élevant Sankara au rang de "Héros de la Nation".
La trahison comme leçon
Dans le discours lu en son nom, le chef de l'État a placé l'unité au cœur du message : "La fidélité au combat est d'abord la fidélité entre nous ». Sankara n'est pas tombé sous les coups de l'ennemi déclaré", a-t-il rappelé, "mais sous ceux qui partageaient sa table, son uniforme et son serment". "Une révolution meurt avant tout de la division fratricide de ses propres gardiens", a-t-il averti, dénonçant la calomnie et le soupçon entretenu.
En avril 2022, le tribunal militaire de Ouagadougou avait condamné à la perpétuité Blaise Compaoré, exilé en Côte d'Ivoire, Hyacinthe Kafando et le général Gilbert Diendéré.
Pour le capitaine Traoré, le Burkina de 2026 "n'est pas celui de 1987", comme l'a montré la mobilisation du 30 septembre pour les quatre ans de la "Révolution progressiste populaire". Honorer les martyrs, c'est "poursuivre leur combat", du front aux champs, des usines aux réseaux sociaux. Il a salué les Forces de défense et de sécurité (FDS) et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP).
Quatre souverainetés mises en exergue
Reprenant la formule sankariste "consommer ce que nous produisons et produire ce que nous consommons", "antidote de la pauvreté", il a appelé à quatre souverainetés : sécuritaire, alimentaire, économique et monétaire, et culturelle.
Ouvert le 19 mai 2025 sur le lieu même de l'assassinat, le Mémorial a reçu plus de 200 000 visiteurs au 30 septembre 2026, pour environ 130 millions de francs CFA reversés à ses infrastructures. Le complexe dessiné par l'architecte Francis Kéré, chiffré à 117 milliards de francs CFA, doit entrer en chantier en janvier 2027. D'où l'appel à la campagne "Ma brique pour Sankara", pour faire du site "une bibliothèque à ciel ouvert de la mémoire".
Le président a enfin remercié le troisième arrondissement de Rome"qui vient de donner le nom de Sankara à un parc.
Près de quatre décennies après sa mort, Sankara demeure une référence pour une jeunesse africaine en quête de souveraineté. À Ouagadougou, sa mémoire sert aussi de ciment. Dans un pays éprouvé par l'insurrection djihadiste depuis 2015, elle sonne comme un avertissement adressé à quiconque, dans les rangs, serait tenté par la dissidence. (TransContinentsAfrica)
