Est-il utopique de construire une Zone de libre échange africaine au-delà de la démarche d’intégration initiée dans toutes les régions du Continent alors que la xénophobie est autant affirmée sans complexe aucun comme cela a été le cas en Afrique du Sud ces derniers mois ? La question mérite d’être posée et c’est certainement ce qui, entre autres, a poussé le président ghanéen John Dramani Mahama à demander que le sujet de la xénophobie soit abordé à l’Union africaine. Ce qui l’a conduit à pouvoir annoncer ce jeudi avoir obtenu l’engagement du président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, d’inscrire les attaques xénophobes en Afrique du Sud à l’ordre du jour de la prochaine réunion de l’organisation continentale, ce sur fond de vives tensions entre Accra et Pretoria.
Ne pas ignorer les pertes et souffrances des victimes
Selon un communiqué de la présidence ghanéenne, cet engagement a été pris au cours d’un entretien bilatéral en marge d’une session extraordinaire de l’Union africaine organisée à Accra.
Le chef de l’État ghanéen a affirmé que son pays “n’éprouve aucune animosité envers l’Afrique du Sud”, mais qu’il ne pouvait “ignorer les souffrances et les pertes subies par les citoyens ghanéens et d’autres Africains” touchés par les violences.
“Balayer la question sous le tapis ne permettra pas d’en résoudre les causes profondes”, a déclaré M. Mahama, estimant qu’un débat au sein de l’Union africaine offrirait à Pretoria l’occasion d’exposer sa position tout en permettant aux États membres de rechercher une réponse commune à cette crise.
Cette déclaration fait suite au rapatriement de citoyens ghanéens par le gouvernement qui a estimé que seule une réponse concertée de l’organisation continentale permettra de préserver l’unité africaine, la sécurité des populations et les investissements sur le continent.
Entre Accra et Prétoria, un contexte de fortes tensions
Cette initiative intervient dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre Accra et Pretoria. Début juillet, les autorités ghanéennes avaient annoncé le report d’une visite du président sud-africain Cyril Ramaphosa, initialement prévue en août, estimant que son déplacement pourrait provoquer des troubles alors que le Ghana venait de rapatrier plus de 900 de ses ressortissants ayant quitté l’Afrique du Sud.
Les relations entre les deux pays se sont également dégradées après la diffusion d’une vidéo montrant un ressortissant ghanéen agressé verbalement et sommé de quitter l’Afrique du Sud. Accra affirme par ailleurs qu’un citoyen ghanéen a trouvé la mort lors des manifestations du 30 juin, une version contestée par les autorités sud-africaines.
Pretoria dans une certaine ambiguïté
Face aux critiques, le président Cyril Ramaphosa a réaffirmé le droit des Sud-Africains à manifester pacifiquement, tout en promettant un renforcement de la lutte contre l’immigration irrégulière. Les désaccords persistent toutefois entre les deux gouvernements, Pretoria accusant Accra de relayer des informations inexactes, tandis que le Ghana continue de dénoncer le traitement réservé à ses ressortissants. Tout cela intervient alors que des élections municipales vont avoir lieu le 4 novembre dernier. Ceci pouvant expliquer cela.
Une crise qui touche plusieurs pays
La crise a pris une dimension régionale. Le Nigeria, le Malawi, le Mozambique et le Zimbabwe ont également organisé le retour de leurs ressortissants après l’ultimatum lancé par des groupes de pression sud-africains réclamant le départ des migrants en situation irrégulière avant le 30 juin. Selon les estimations, près de 25 000 personnes auraient quitté le territoire sud-africain. (TransContinentsAfrica)
