Que dit le Rapport annuel sur la géopolitique de l’Afrique de 2026 ?

REGARD. Réalisé par le Policy Center for the New South, le 10e Rapport annuel sur la géopolitique de l’Afrique bouscule les grilles de lecture de la géopolitique africaine.

Que dit le Rapport annuel sur la géopolitique de l’Afrique de 2026 ?

C’est en prélude à la Conférence africaine sur la paix et la sécurité (APSACO) prévue les 11 et 12 juin à son siège situé à l’Université polytechnique Mohammed VI de Salé que le Policy Center for the New South a présenté son Rapport annuel sur la géopolitique de l’Afrique (RAGA). Pour rappel, l’APSACO, organisée annuellement par le PCNS depuis 2017, réunit pendant deux jours experts, diplomates et décideurs autour des enjeux de paix et de sécurité sur le continent africain.

Pour revenir au Rapport, il analyse les transformations en cours sur un continent pris dans les turbulences d’un ordre mondial fragmenté. Et son approche se veut originale pour mieux montrer les réalités qui jaillissent de l’Afrique sous la pression de l’évolution actuelle du monde. 

Changement dans l'approche de la paix

Le diplomate et chercheur marocain Hachem Elmoummy, auteur d’un article intitulé “Sécurité et développement : les fondements d’un paradigme africain de paix”, a défendu un changement de paradigme dans l’approche africaine de la paix, rejetant le modèle classique qui faisait de la sécurité un préalable au développement. “Cette formule ne fonctionnait pas. C’était un peu comme traiter une pneumonie à l’aspirine”, a-t-il déclaré, cité par APAnews. Il a plaidé pour la consécration d’un “nexus” paix-sécurité-développement dans lequel les trois dimensions sont “mutuellement constitutives”.

Il a par ailleurs rappelé que ce paradigme a connu une traduction institutionnelle à travers l’Agenda 2063 de l’Union africaine et la résolution 2719 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui autorise le financement onusien des opérations de paix conduites par l’UA, une “première” symboliquement importante, a-t-il souligné, tout en notant que 70% du budget opérationnel de ces missions reste dépendant des bailleurs extérieurs.

L'enjeu géostratégique des chaînes d'approvisionnement

Jean Patrice Koe, directeur de la Communication et des Archives diplomatiques au ministère camerounais des Relations extérieures, a quant à lui proposé un angle inédit à travers son article “Le Cameroun dans la géoéconomie de la friperie en Afrique” : le commerce des vêtements usagés comme vecteur de fragilité ou de résilience économique.

S’appuyant sur le chiffre de 73 000 tonnes de textile importées par le Cameroun en 2025, soit 3 000 conteneurs au port de Douala, il a établi un lien direct entre dépendance textile et vulnérabilité sécuritaire. “Un pays qui ne produit plus ses propres vêtements dépend entièrement des chaînes d’approvisionnement extérieures”, a-t-il affirmé, appelant à transformer le Cameroun en hub régional de tri et de valorisation textile.

Prendre conscience de la nature multipolaire du monde 

Marvin Tallam, directeur des Affaires politiques et juridiques à la présidence du Kenya, a pour sa part livré, dans un article intitulé « “Plugging Africa’s strategic spaces into the evolving geopolitical sockets”, une analyse de la recomposition géopolitique mondiale et de ses implications pour le continent. Afro-optimiste revendiqué, il a néanmoins tempéré cet optimisme face aux espoirs que suscite le multilatéralisme.

“Cette vision suppose que l’Afrique parle d’une seule voix”, a-t-il averti, mettant en garde contre la montée du terrorisme comme “menace principale” à la paix et à la sécurité et contre l’affaiblissement collectif des réponses diplomatiques africaines.

La souveraineté numérique à considérer dans un environnement de conflits

Mounia Boucetta, Senior Fellow au PCNS, a dressé à travers son article “Les technologies émergentes dans les conflits en Afrique : usages stratégiques et défis de sécurité” un état des lieux des guerres hybrides et de l’usage croissant des drones sur les théâtres de conflits africains. Relevant la “démocratisation” d’accès à ces technologies, aussi bien par les forces régulières que par les groupes armés non étatiques, elle a pointé les risques d’une dépendance technologique vis-à-vis de fournisseurs extérieurs et d’un usage “anarchique” aux conséquences potentiellement lourdes pour les populations civiles, tout en appelant à développer des filières africaines de maîtrise technologique, “un vrai sujet de souveraineté et d’autonomie”.

La coopération entre le Maroc et la Mauritanie en matière de sécurité et de développement dans le cadre du couloir allant du Sahel à l'Atlantique a également été abordée par le professeur de droit mauritanien Sidi Mohamed Sidi Vall Ould Oumeir. Celui-ci a mis en avant, dans un article consacré à “La place de pivot de la Mauritanie dans les initiatives royales marocaines autour de l’Atlantique”, les initiatives du roi Mohammed VI comme levier de “paix positive” dans la sous-région. (TransContinentsAfrica)

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