Massacres de Sétif : l’Algérie commémore, la France envoie sa ministre déléguée aux Armées

MOMENT. C’est la répression sanglante exercée par les autorités coloniales françaises le 8 mai 1945 contre les manifestations nationalistes à Sétif, Guelma et Kherrata que l’Algérie rappelle au souvenir du monde.

Massacres de Sétif : l’Algérie commémore, la France envoie sa ministre déléguée aux Armées

Pour les Alliés occidentaux, le 8 mai 1945 est le jour de capitulation de l’Allemagne nazie. Pour les populations algérienne, cette date évoque un moment douloureux de leur confrontation avec les autorités coloniales françaises. 

Là où l’étincelle de la flamme indépendantiste s’est allumée 

Donc, alors que la victoire des Alliés est célébrée en Europe, des manifestations nationalistes à Sétif, Guelma et Kherrata sont violemment réprimées par les autorités coloniales françaises le 8 mai 1945. Les massacres qui s'ensuivirent ont fait des milliers de morts. Ils sont considérés aujourd’hui comme un tournant majeur vers la lutte pour l'indépendance de l'Algérie. 

On est donc face à un paradoxe fondateur qui fait que le jour même où le monde fêtait la victoire sur la barbarie nazie, la France a perpétué un acte de grande barbarie dans le sillon de la brutalité coloniale. 

S’exprimant à Alger en 2012, François Hollande avait dit que “le 8 mai 1945, le jour même où le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles".

Désaccord sur le nombre de victimes 

Le bilan humain reste contesté. Les autorités françaises de l'époque ont fixé le nombre de tués à 1 165 selon le rapport du général Duval. Le gouvernement algérien avance le nombre de 45 000 morts. Le parti communiste algérien demandait en juillet 1945 la reconnaissance de 15 000 victimes. De nombreux historiens situent le chiffre entre 15 000 et 30 000 morts. 

La commémoration utilisée comme moment fort d’apaisement

Rappel irritant dans le contexte d’une relation franco-algérienne plus que tendue jusque-là, les massacres de Sétif ont donné l’occasion à La France de faire un pas important vers l’apaisement. La ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo, s'est rendue ce vendredi à Sétif, sur les lieux de la répression sanglante menée par l'armée française et ce à la demande d'Emmanuel Macron. Seneweb

Accompagnée par l'ambassadeur Stéphane Romatet, qui "reprend ses activités" après avoir été rappelé il y a un an, elle a notamment déclaré qu'il faut avoir "le courage de regarder l'histoire en face", "dans le respect de toutes les mémoires".

Un apaisement mais une bataille des mots persistante

Cela dit, dans le communiqué publié ce vendredi par l'Élysée, le mot "massacre" n'est pas employé. Il est dit qu'Alice Rufo se rend à Sétif pour y commémorer "les événements tragiques qui ont eu lieu le 8 mai 1945". 

La nuance lexicale est d’importance et elle est politique. Il y a ainsi une diiférence claire entre "Événements tragiques" utilisé par les Français et "massacres" préféré par les Algériens. La vérité, c’est que le débat sur les mots est aussi un débat sur la reconnaissance. En effet, la France n'a jamais officiellement qualifié les événements de Sétif de crime d'État ou de crime contre l'humanité, malgré les reconnaissances progressives depuis 2005.

La porte ouverte à des relations à renouer d’urgence

La lucidité avec laquelle la France regarde l'histoire "doit aujourd'hui permettre de nouer des relations confiantes et prometteuses pour l'avenir, dans l'intérêt même des peuples français et algérien", indique la présidence française. 

Une chose est à noter : le retour de l'ambassadeur Romatet est l'information diplomatique la plus importante de cette journée commémorative. Pour rappel, il avait été rappelé à Paris il y a un an dans un contexte de tensions franco-algériennes aiguës. (TransContinentsAfrica)

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