C’est une personnalité artistique de toute première importance qui vient de disparaître en la personne d’Abdelwahab Doukkali. Pour preuve, il a reçu plusieurs distinctions marquant la reconnaissance de son talent au niveau international. Ainsi, du disque d'or pour Mana Illa Bachar, le grand prix du Festival de la chanson marocaine de Mohammedia en 1985 pour Kan ya makan, et le grand prix du Festival de la chanson marocaine de Marrakech en 1993 pour Agharo Alayki. Honoré par le Vatican à deux reprises, une distinction rare dans le parcours d'un musicien arabe, il a également remporté le Grand Prix du Festival du Caire en 1997. Auparavant, en 1991, il avait été élu meilleure personnalité du monde arabe par le magazine Al Majalla.
Un parcours de vie artistique peu commun
Né à Fès dans une famille modeste de treize enfants, Abdelwahab Doukkali a tracé son destin bien au-delà des murs de la médina. À seulement 19 ans, il quitte sa ville natale pour s'installer à Rabat, où il intègre la RTM, marquant le début d'une aventure artistique qui le mènera aux quatre coins du monde arabe. Dès 1965, il s'impose comme l'une des figures majeures de la chanson marocaine. Ses mélodies, interprétées en arabe littéraire et en darija, explorent des thèmes universels : l'amour, les relations sociales, mais aussi la mémoire collective et les défis d'une société en mutation.
En 1962, Abdelwahab Doukkali décide de quitter le Maroc pour s'installer au Caire, en Égypte, afin de donner un nouvel élan à sa carrière musicale. Il se fait rapidement une place de choix sur la scène égyptienne, s'attirant les amitiés des compositeurs tels que son voisin Baligh Hamdi. Sept années s'écouleront avant qu'il décide de rentrer au Maroc.
Un répertoire riche intergénérationnel
Parmi ses plus célèbres chansons : Kan ya makan, hymne poétique et intemporel ; Marsoul el houb, tube romantique au succès planétaire ; Ma ana illa bachar, réflexion sur la condition humaine ; Souk al bacharia et Allah Hay, chanson spirituelle. Son répertoire, à la fois intime et engagé, résonne bien au-delà des frontières du royaume, lui valant une reconnaissance dans tout le monde arabe.
Au fil des décennies, il avait composé et interprété plusieurs œuvres devenues emblématiques, des titres qui avaient consacré sa réputation bien au-delà des frontières marocaines. Son œuvre, à la croisée de la tradition savante arabe et des sensibilités populaires marocaines, aura accompagné les mutations culturelles du Royaume pendant près de sept décennies.
Une vie artistique au-delà de la musique
Abdelwahab Doukkali avait également laissé son empreinte dans le cinéma marocain, en composant plusieurs bandes originales et en apparaissant dans différents films. L'artiste était aussi connu pour sa passion pour les arts plastiques et la collection d'œuvres d'art. Ces dernières années, le chanteur s'était fait plus discret, malgré quelques apparitions remarquées, notamment lors d'hommages organisés à Rabat et Meknès ou encore lors d'un retour sur scène très commenté au Théâtre Mohammed V. (TransContinentsAfrica)
