Le défi de l’eau : pourquoi le Forum africain de N’Djamena est crucial

POINT. Co-organisé par le gouvernement tchadien et le Groupe de la Banque mondiale, ce forum, dont le thème est “De la vision à l’action”, cristallise plusieurs enjeux structurants pour le continent.

Le défi de l’eau : pourquoi le Forum africain de N’Djamena est crucial

Ouvert ce mercredi 15 juillet à N'Djamena, le Forum africain de l'eau illustre combien le continent entend prendre à bras-le-corps la question vitale de l’eau et promouvoir une gestion durable des ressources hydriques. Et la symbolique de la capitale tchadienne est forte traversée qu’elle est par les fleuves Chari et Logone mais aussi située au cœur du bassin du lac Tchad.  

Des participants de tout premier plan

Les 15 et 16 juillet donc, les participants ont été invités à échanger sur les moyens d’accélérer les investissements dans le secteur de l’eau et de renforcer les réponses face aux défis climatiques. Parmi eux, nombre de chefs d’Etat comme le Béninois Romuald Wadagni, le Congolais  Félix Tshisekedi Tshilombo, le Gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, le Mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, et bien d’autres personnalités de premier plan que le président Mahamat Idriss Déby Itno a apprécié de voir débattre du financement des infrastructures hydrauliques, de l’accès universel à l’eau potable, de la gestion durable des ressources et de l’adaptation du continent aux effets du changement climatique.

Un forum entre enjeux et défis

Parallèlement, ce forum s'inscrit dans l'initiative Water Forward de la Banque mondiale, lancée en avril 2026, qui a annoncé en marge des travaux de nouvelles opérations de financement en faveur du Tchad. C’est dire qu’il y a donc un double enjeu : un enjeu continental de gouvernance de l'eau comme bien commun stratégique, et un enjeu bilatéral où le Tchad cherche à capitaliser sur son rôle d'hôte pour sécuriser des financements spécifiques. 

Il y a là aussi en concentré beaucoup des défis auxquels fait face le continent, de la raréfaction des ressources en eau aux effets du changement climatique en passant par la croissance démographique et les besoins croissants en infrastructures hydrauliques. Il en résulte que l’un des points les plus urgents et les plus délicats est celui du financement. 

L’Afrique et ses besoins face aux bailleurs de fonds

Ceci explique que le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno n’y est pas allé de main morte en donnant le ton d'un sommet résolument offensif. Dès l'ouverture, il a sommé les bailleurs de fonds internationaux d'honorer enfin leurs engagements et ainsi de permettre que le continent ne soit plus en position de demande mais plutôt de gouvernance de sa propre ressource. 

Il faut dire que sur le plan financier, l'écart est frappant. Et le cas du Tchad l’illustre bien. Le pays a son propre “Pacte pour l'eau” qui évalue à 3,8 milliards de dollars les besoins d'investissement prioritaires sur cinq ans, dont environ 20 % seulement devraient provenir de ressources nationales. Ce ratio donne la mesure de la dépendance persistante aux financements extérieurs, dépendance que les seuls discours souverainistes affichés ici et là ne suffiront pas à régler.

L’enjeu de la bancabilité des projets

Ce qui apparaît avec le Tchad peut être étendu à bien d’autres pays et ce d’autant que l’une des équations à résoudre est de passer de projets isolés à des programmes multisectoriels. 

À N’Djamena où elles sont nombreuses à s’être déplacées, les délégations présentes partagent l’avis qu'une approche transversale où s’articulent irrigation, stations pastorales, adductions d'eau et infrastructures énergétiques est à même de rendre  les projets africains plus attractifs pour les investisseurs privés. Autrement dit, il convient de miser sur des programmes multisectoriels à plus fort impact économique plutôt que sur des initiatives isolées à la rentabilité incertaine. 

Cette logique rejoint l'un des problèmes structurels rencontrés dans le financement des infrastructures en Afrique : sans mutualisation, les projets restent trop petits ou trop risqués pour attirer les capitaux privés. 

Les attentes placées dans le forum de l’eau

Il s’agit-là d’un point que les participants n’hésitent pas à mettre en avant pour respecter au mieux la dynamique qui sous-tend  le thème choisi à savoir “De la vision à l’action” car le forum ne veut pas se limiter à la déclaration d'intention. 

L'objectif affiché est d'accélérer les investissements dans les infrastructures hydrauliques, de garantir un accès équitable, durable et sécurisé à l'eau, d'inscrire la question de l'eau parmi les priorités politiques africaines, et de renforcer les partenariats régionaux et internationaux. 

Plus concrètement, N'Djamena attend la signature de pactes nationaux pour l'eau par les pays participants, pactes assortis de mécanismes de suivi rigoureux pour éviter que le gap entre, d’un côté, les promesses et la rhétorique institutionnelle, et de l’autre, les résultats mesurables, ne soit pas grand. (TransContinentsAfrica)

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