L’Afrique à VivaTech : un basculement de paradigme

CHANGEMENT. Au coeur de ce grand rendez-vous parisien de la technologie, un constat s'impose : de par la créativité des Africains, le Continent est en train de glisser du statut de marché émergent à celui de laboratoire mondial de l'innovation.

L’Afrique à VivaTech : un basculement de paradigme

S’il y a un constat à faire alors que le Salon VivaTech célèbre son dixième anniversaire, c’est que l'Afrique n'est plus et ne se veut plus seulement un marché à conquérir. Elle devient un espace de production d'innovations exportables.

Une présence ouest-africaine conséquente

Dans cette édition 2026, VivaTech a réuni 180 000 participants, 15 000 startups, 4 000 investisseurs et 171 pays y ont été représentés. L'AfricaTech Award a reçu plus de 260 candidatures venues de 34 pays africains, en hausse de 13% par rapport à 2025. Pour info, le Nigeria seul compte 11 des 30 startups finalistes, devant le Kenya et l'Égypte. 

Pays par pays, on peut noter la présence de 15 startups du Sénégal sous la bannière de la Délégation générale à l’entreprenariat rapide des femmes et des jeunes. Dirigée par Aïda Mbodj, cette structure a à ses côtés des membres du ministère de l'Enseignement supérieur, de Wave, de l'Ambassade de France et de LionsTech. 

A ce propos, le directeur général de Wave Sénégal, El Hadji Malick Gueye, a réaffirmé l'engagement de son entreprise, rappelant que Wave est aujourd'hui la première licorne d'Afrique francophone, et a exprimé le souhait de voir émerger de nouvelles success stories sénégalaises. 

Du côté de la Côte d’Ivoire, ce sont trente entreprises dont vingt startups et dix PME qui se sont déplacés. Au regard de l’annonce faite par le ministre de la Transition numérique Djibril Ouattara, la participation ivoirienne devrait être marquée par la signature de deux conventions d'envergure destinées à transformer l'écosystème de l'innovation du pays afin de mieux positionner la Côte d'Ivoire comme hub technologique en Afrique.

Parmi les startups ivoiriennes identifiées, il y a TECI, le premier réseau de micro-mobilité décarbonée en Afrique de l'Ouest à 100 FCFA pour 10 minutes, SMARTFIN pour la gestion de patrimoine en Afrique francophone, TOPECI pour la préservation des langues africaines, BARAPAY pour l'accès anticipé au salaire, etc. .

Jusqu’au pavillon national pour le Maroc 

Finalistes de AfricaTech Award, le royaume chérifien a installé un pavillon national dans la zone Africa Tech. Deux startups marocaines, DeepEcho et AgriEdge, figurent dans le top 30 de l'AfricaTech Award. Pour info, le Maroc compte environ 2 400 startups actives, dont près de 65% dans le numérique et l'IA. En 2025, les startups marocaines ont levé près de 180 millions de dollars. 

Pour Maurice, une position de hub technologique régional

Du côté de l’Ime Maurice, l'Economic Development Board Mauritius est revenu avec un pavillon national pour présenter huit startups. Parmi elles, Breedj, spécialisée dans le futur du travail en transformant le "brain drain" africain en "brain gain", également Eqxia qui présente REEF, une plateforme de gouvernance IA pour les secteurs financiers et de santé. 

Une absence notable : celle de l'Algérie 

Alors qu’en 2024, elle avait présenté une cinquantaine de stratups avec des produits remarqués comme le robot Hoggar, l'Algérie n'a ni pavillon national ni délégation officielle, et aucune startup algérienne dans le top 30 de l'AfricaTech Award de cette édition 2026. De quoi renforcer la stratégie algérienne de non-alignement actif qui s'accompagne d'un retrait des plateformes où ses voisins consolident leur image d'innovation mais aussi de l’interroger.

Ce que le terrain révèle sur l'innovation africaine

À travers les observations faites sur le terrain et sur ce qui se passe à VivaTech, le constat, c’est qu’on assiste à un basculement de la co-création. Les grands groupes technologiques internationaux ne viennent plus seulement vendre des solutions. Ils cherchent désormais des partenaires, des cas d'usage et des modèles d'adaptation développés sur le continent. Ce retournement progressif marque un changement structurel : l'Afrique devient un laboratoire d'innovation à ciel ouvert. 

Cela dit, si les défis demeurent nombreux autour notamment du financement, de l’infrastructure et des compétences, les dynamiques sont désormais en mouvement. Du coup, le vrai enjeu des prochaines années n'est plus l'intégration de l'Afrique dans la révolution numérique, mais sa capacité à en influencer les standards. 

Cela conduit à bien distinguer la visibilité de la transformation et donc de ne pas s’illusionner sur la réalité dans laquelle évolue les startups africaines. Etre présent à VivaTech donne de la visibilité. Si elle est nécessaire, elle n’est pas suffisante. Pour imprimer sa marque, il faut pouvoir lever des fonds, être au coeur du mouvement de transferts de technologie, créer des emplois en Afrique même et déposer des brevets en Afrique. C’est à ce prix qu’au-delà de la visibilité, les startups africaines vont être des acteurs de la transformation en line avec les technologies. (TransContinentsAfrica)

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