La Mauritanie, nouvelle valeur sûre des institutions multilatérales ?

PERFORMANCE. Avec trois nominations de ses nationaux en quinze mois dans trois institutions parmi les plus disputées de la gouvernance mondiale et continentale, la question mérite d'être posée.

La Mauritanie, nouvelle valeur sûre des institutions multilatérales ?

Le 27 août 2026 à Djeddah, Ismail Ould Cheikh Ahmed a été élu secrétaire général de l'Organisation de la coopération islamique (OCI), à l'unanimité des 57 États membres, après le retrait de cinq candidatures concurrentes en faveur de la sienne. Il succède au Tchadien Hissein Brahim Taha. Quatre mois plus tôt, le 3 avril, Kristalina Georgieva confiait à Zeine Ould Zeidane la direction du département Afrique du FMI, l'un des postes les plus scrutés de l'institution de Bretton Woods dans ses rapports avec le continent. Et en mai 2025, Sidi Ould Tah devenait le neuvième président du Groupe de la Banque africaine de développement, avec plus de 76 % des voix, le score le plus élevé jamais obtenu par un candidat à ce poste. Le constat est donc le suivant : La Mauritanie a placé trois hommes dont les parcours ont convaincu. La coïncidence, si elle en est une, mérite qu'on s'y arrête.

Un capital diplomatique qui ne doit rien au hasard

Ce qu'il faut d'abord noter, c'est que aucune de ces trois élections ne relève du hasard protocolaire. Chacune s'est jouée sur un rapport de force réel, entre candidatures concurrentes et arbitrages géopolitiques serrés.

Pour la Banque africaine de développement (BAD), il a fallu trois tours de scrutin pour départager cinq candidats, dont le Zambien Samuel Maimbo et le Sénégalais Amadou Hott. Sidi Ould Tah, entré tardivement en campagne, s'est appuyé sur les réseaux diplomatiques mauritaniens et sur une décennie à la tête de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA). Il l'a fait passer du statut d'acteur régional non noté à celui de banque multilatérale parmi les mieux notées d'Afrique.

En mai 2025, Sidi Ould Tah devenait le neuvième président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD).
En mai 2025, Sidi Ould Tah devenait le neuvième président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD).

Pour le Fonds monétaire international (FMI), la nomination de Zeine Ould Zeidane consacre une trajectoire interne longue de plus de dix ans dans l'institution. Ancien numéro deux du département Afrique, il a ensuite été directeur adjoint pour le Moyen-Orient et l'Asie centrale. À ce poste, il a d'ailleurs piloté l'ouverture du bureau régional de Riyad. Autant dire qu'il a un profil qui rassure une institution confrontée à des tensions croissantes avec plusieurs capitales africaines.

Le 3 avril 2026, Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) confiait à Zeine Ould Zeidane la direction du département Afrique du FMI.
Le 3 avril 2026, Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) confiait à Zeine Ould Zeidane la direction du département Afrique du FMI.

Pour l'Organisation de la Conférence islamique (OCI), l'élection d'Ismail Ould Cheikh Ahmed s'inscrit dans un parcours onusien dense. Pour preuve, il a été envoyé spécial pour le Yémen, coordonnateur humanitaire au Liberia, avant de diriger quatre années durant la diplomatie mauritanienne. Le retrait des cinq autres candidatures en sa faveur, salué par Nouakchott comme un "éclatant succès diplomatique", traduit une capacité de mobilisation rare pour un pays de moins de cinq millions d'habitants.

Ce que cela dit de la perception internationale du pays

Au-delà des trois hommes, c'est la lecture que font les partenaires internationaux de la Mauritanie qui se trouve modifiée. Trois niveaux sont à prendre en compte : la stabilité institutionnelle, la crédibilité technique, le positionnement géographique et culturel. 

D'abord, la Mauritanie bénéficie d'une image de stabilité institutionnelle relative dans un espace sahélien et ouest-africain marqué par les ruptures constitutionnelles. En effet, pendant que plusieurs voisins traversent transitions militaires ou crises de gouvernance, Nouakchott apparaît comme un point d'ancrage, un statut qu'a consolidé la présidence de l'Union africaine assumée par Mohamed Ould Ghazouani en 2024,  un mandat qui a directement nourri les réseaux mobilisés pour l'élection à la BAD un an plus tard.

Ensuite, le pays profite d'une crédibilité technique reconnue au-delà du cercle diplomatique classique. Les trois postes obtenus ne sont pas honorifiques : ils supposent une expertise financière, économique et multilatérale éprouvée, validée par des pairs exigeants que sont les gouverneurs de banques centrales, les ministres des Finances et les chancelleries de 57 pays. Manifestement, ce n'est pas un lobbying qui s'achète, c'est une compétence qui se démontre.

Enfin, la Mauritanie a un positionnement géographique et culturel qu'elle a su transformer en atout plutôt que de le subir. Membre de l'Union africaine, de la Ligue arabe et de l'espace francophone, le pays se trouve à un point de jonction rare entre mondes arabe, africain et occidental et c'est précisément un profil capable d'incarner cette synthèse que recherchent des institutions comme l'OCI ou le FMI lpour la bonne et simple raison qu'elles doivent souvent arbitrer entre des sensibilités régionales concurrentes.

Une fenêtre d'influence, pas une garantie

Cela dit, il ne faut pas que la Mauritanie dorme sur ses lauriers du fait de ces succès. Le capital d'image qui les lui a donnés est aussi volatil qu'il a été rapide à se constituer. Les trois hommes exercent des mandats individuels, sans coordination institutionnelle entre eux, et leurs performances futures engageront chacun leur propre crédibilité, pas seulement celle de leur pays d'origine. Les remboursements de la BAD, les  arbitrages du FMI sur les dettes souveraines africaines et la capacité de l'OCI à peser sur des dossiers aussi sensibles que la question palestinienne ne manqueront pas de compter dans le bilan qui sera fait de leurs mandats respectifs. 

En attendant, la martingale est au mieux. À l'heure où plusieurs chancelleries occidentales et institutions financières internationales cherchent des interlocuteurs africains stables et techniquement solides, la Mauritanie a su se positionner comme fournisseur de profils rassurants. Une diplomatie de niche, patiente, qui n'a pas fait de bruit avant de produire ses résultats. Et cela est à l'image de la discrète hospitalité discrète. À force de constance, elle a fini par s'imposer comme une évidence. (TransContinentsAfrica)

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