Ce n’est pas tous les jours que l’instance faîtière du football mondial confie son administration centrale à son femme. La preuve, quand cela est arrivé en 2016, il a fallu se rendre à une évidence qui n’avait pas semblé frapper les esprits. La FIFA venait tout simplement de nommer pour la première fois une femme qui plus est africaine et musulmane à un moment où beaucoup d’interférences auraient pu empêcher cette avancée audacieuse. Celle qui a été choisie pour casser à la fois le plafond de verre mais aussi les murs qui enferment la Femme à un rôle subsidiaire s’appelle Fatma Samoura. Elle est sénégalaise.
Son caractère bien trempé lui a permis de s’imposer en un éclair comme une figure mondiale du football mais aussi de choisir de quitter la FIFA sept ans plus tard, fidèle à une conviction simple qui ne la quitte jamais : la confiance ne se décrète pas, elle se prouve. De quoi lui permettre d’avoir eu un parcours hors normes que même la menace d’une réputation d’ennemie publique numéro 1 à Madagascar, vite éteinte, n’a pas pu infléchir.
À TranscontinentsAfrica, elle a choisi de se confier sur son cheminement exceptionnel, également de partager son ressenti sur ce que le pouvoir exige à ceux qui l’exercent.
TransContinentsAfrica : Vous avez souvent accepté de relever des défis là où l’on ne vous attendait pas. Après votre parcours à la FIFA, vous avez rejoint, en 2022, le Sénat de la Fédération internationale de l’automobile, la FIA. En quoi consiste précisément cette mission, et qu’est-ce qui vous a attirée dans cet univers du sport automobile et de la mobilité ?
Fatma Samoura : Je crois que, dans ma vie professionnelle, j’ai rarement recherché la facilité. J’ai plutôt été attirée par les situations dans lesquelles je pouvais apporter une expérience différente, contribuer à une transformation ou ouvrir une porte qui n’était pas encore suffisamment ouverte.
Lorsque j’ai rejoint le Sénat de la Fédération internationale automobile (FIA) en février 2022 comme membre indépendant, j’ai été particulièrement sensible à cette dimension de gouvernance et à la volonté de la FIA de continuer à s’ouvrir à des profils et à des expériences venus d’autres horizons.
Le Sénat est l’un des organes centraux de la FIA. Il supervise notamment la gestion ainsi que les finances de la Fédération et traite des questions de politique générale qui, elles, dépassent les compétences spécifiques des deux Conseils mondiaux de la FIA. Il réunit donc les deux grandes dimensions de la Fédération : le sport automobile et la mobilité.
Ma responsabilité n’est pas de devenir une spécialiste technique de l’automobile ou du sport automobile. C’est précisément ce qui rend cette expérience intéressante. J’arrive avec une expertise différente : celle de la gouvernance internationale, de la conduite du changement, de la gestion des organisations complexes, de la diversité et de l’inclusion, mais aussi avec l’expérience acquise au sein des Nations unies et de la FIFA.
La FIA est aujourd’hui bien davantage qu’une organisation consacrée aux compétitions automobiles. Elle est également au cœur de grands enjeux de mobilité, de sécurité routière, d’innovation technologique et de développement durable.
La mobilité touche directement les sociétés africaines, notamment lorsqu’on pense à l’urbanisation rapide du continent, à la sécurité routière, à l’accès aux transports et à la nécessité de construire des systèmes de mobilité plus sûrs, plus inclusifs et plus durables.
C’est également ce qui m’intéresse : comprendre comment une organisation internationale peut utiliser le sport et la mobilité comme des instruments de développement et de transformation sociale.
Au fond, je retrouve à la FIA une problématique qui m’a accompagnée pendant toute ma carrière : comment faire évoluer une institution internationale pour qu’elle soit à la hauteur des transformations du monde ?
Et puis, je dois reconnaître que j’aime apprendre. Après plus de vingt ans aux Nations unies et sept années et demie à la FIFA, je n’avais aucune envie de simplement tourner la page et de rester spectatrice. Le Sénat de la FIA m’a offert l’occasion de continuer à apprendre, à contribuer et à mettre mon expérience au service d’un autre univers sportif.
Lors de vos années passées à la tête de grandes institutions internationales, vous avez été confrontée à des situations particulièrement complexes. Quel a été le défi le plus important de votre carrière et comment avez-vous réussi à le surmonter ?
Il serait difficile de désigner une seule situation comme étant “le” plus grand défi de ma carrière, parce que j’ai eu la chance, ou parfois la responsabilité, de travailler dans des environnements extrêmement différents : des contextes humanitaires difficiles aux Nations unies, des pays confrontés à des crises, puis la FIFA au moment où elle traversait l’une des périodes les plus difficiles de son histoire.
Mais, si je devais choisir un défi institutionnel, je dirais sans hésiter que c'est d'arriver à la FIFA en 2016, au lendemain de la crise qui avait profondément affecté sa crédibilité et de contribuer à reconstruire la confiance dans une organisation mondiale.

Je suis arrivée dans une institution qui avait besoin de réformes profondes, mais surtout d’un changement de culture. Il ne suffisait pas de changer quelques procédures ou quelques personnes. Il fallait rétablir la confiance, renforcer la transparence et la responsabilité, clarifier les rôles, améliorer les contrôles et montrer que la FIFA pouvait redevenir une institution au service du football mondial.
Les réformes statutaires de 2016 avaient posé des principes essentiels : séparation des pouvoirs, limitation des mandats, transparence sur les rémunérations des dirigeants, contrôle plus rigoureux des flux financiers, renforcement de l’indépendance des commissions et meilleure représentation des femmes. Mon rôle, en tant que Secrétaire Générale, a notamment été de transformer ces principes en pratiques et en structures opérationnelles.

Nous avons restructuré l’administration, créé notamment une véritable division du football féminin et une division du développement technique, renforcé les fonctions de conformité et développé les programmes destinés aux 211 associations membres.
Mais le plus difficile n’était pas nécessairement la réforme technique. C’était le changement humain. Quand une organisation a vécu une crise, il faut convaincre les collaborateurs qu’ils peuvent redevenir fiers de leur institution. Il faut également convaincre les partenaires, les gouvernements, les médias et le public que le changement est réel et durable.
J’ai appris dans ces moments-là, qu’en plus des instructions, un dirigeant doit donner du sens. Je me suis beaucoup appuyée sur ce que j’avais appris aux Nations unies : écouter, créer des coalitions, comprendre les intérêts parfois contradictoires des parties prenantes, prendre des décisions difficiles lorsque cela est nécessaire et surtout garder le cap.

Je dirais donc que la principale leçon de ce défi est la suivante : une institution ne retrouve pas sa crédibilité par la communication ; elle la retrouve par des actes cohérents, répétés et vérifiables dans le temps. Et c’est aussi pour cela que je considère que la gouvernance est un travail permanent. On ne peut jamais considérer qu’une institution est définitivement “réformée”. La confiance se gagne lentement et peut se perdre très rapidement.
Malgré les progrès réalisés, des obstacles structurels continuent de freiner l’accès des femmes africaines aux postes de décision. Vous avez su vous imposer dans des environnements encore largement masculins, notamment lors de l’organisation des Coupes du monde 2018 en Russie et 2022 au Qatar. Comment avez-vous affronté ces obstacles et quels conseils donneriez-vous aujourd’hui aux jeunes femmes qui souhaitent suivre cette voie ?
Je ne me suis jamais levée le matin en me disant : “Je suis une femme, je vais devoir me battre contre les hommes”. J’ai toujours préféré me dire : “Je suis là parce que je suis compétente et parce que j’ai quelque chose à apporter”. Cela ne signifie pas que je n’ai pas rencontré d’obstacles. Bien sûr que si. Être une femme, être Africaine et arriver dans des environnements internationaux où les postes de pouvoir étaient traditionnellement occupés par des hommes européens constituait objectivement un défi triple.

Mais, j’ai appris très tôt qu’il ne fallait pas demander la permission pour prendre sa place. Lorsque j’ai été nommée Secrétaire Générale de la FIFA en 2016, j’étais la première femme et la première personne non-européenne à occuper cette fonction. Cela créait forcément une attention particulière autour de moi. Mais très rapidement, j’ai compris que la meilleure manière de faire tomber les préjugés était de faire mon travail avec sérieux, compétence et constance.
La Russie en 2018 puis le Qatar en 2022 ont été des expériences extraordinaires parce qu’une Coupe du monde est une opération qui mobilise pratiquement toutes les dimensions d’une organisation : politique, diplomatique, financière, opérationnelle, sportive, sécuritaire, médiatique et humaine.
Après la Russie 2018, nous avons justement voulu transformer l’expérience acquise en enseignements pour le Qatar. L’objectif était de ne pas simplement reproduire ce qui avait fonctionné, mais aussi d’identifier ce qui devait être amélioré. Et je suis particulièrement fière d’avoir contribué à faire progresser la place des femmes au sein de la FIFA.
Nous avons créé la première véritable Division du football féminin de l’histoire de l’organisation, avec un budget dédié et une place dans la structure de management. Mais je voudrais transmettre un message très simple aux jeunes femmes africaines : ne laissez jamais quelqu’un vous convaincre que votre origine, votre genre ou votre accent déterminent la hauteur à laquelle vous pouvez aller. Travaillez votre compétence. Soyez curieuses. Préparez-vous davantage que les autres, non pas parce que vous êtes moins capables, mais parce que le monde professionnel peut encore vous demander de démontrer deux fois ce que d’autres n’ont besoin de démontrer qu’une fois. Et surtout, ne confondez jamais ambition et arrogance. On peut être ambitieuse, déterminée et très exigeante tout en restant profondément humaine.
Je leur dirais également : choisissez bien vos combats. Vous n’avez pas besoin de répondre à toutes les provocations. Certaines barrières tombent simplement parce que vous continuez d’avancer. Enfin, je leur dirais quelque chose qui m’a beaucoup aidée : ne cherchez pas uniquement à obtenir un poste ; cherchez à devenir la personne capable d’exercer ce poste. Le titre vient ensuite.
Vous avez travaillé dans l’humanitaire, la diplomatie internationale et le football mondial. Quelles leçons de gouvernance avez-vous tirées de ces différentes expériences, et comment pourraient-elles contribuer à renforcer les institutions africaines aujourd’hui ?
Mes expériences aux Nations unies et à la FIFA ont été très différentes, mais elles m’ont finalement appris des choses assez similaires sur le leadership.
La première leçon est que la gouvernance commence par la responsabilité.

Dans une institution internationale, les ressources ne nous appartiennent pas. Elles appartiennent à une communauté, à des États membres, à des citoyens, à des athlètes ou à des populations qui nous font confiance. Il faut donc accepter de rendre des comptes.
La deuxième leçon est la transparence. Elle ne doit pas être considérée comme une menace pour les dirigeants. Elle est au contraire un outil de protection pour l’institution et pour ceux qui la dirigent.
La troisième est la séparation claire entre gouvernance et gestion. Les organes dirigeants doivent définir les grandes orientations, contrôler et demander des comptes. L’administration doit ensuite avoir les moyens et l’espace nécessaires pour mettre en œuvre ces décisions de manière professionnelle. C’est quelque chose que j’ai particulièrement expérimenté à la FIFA avec les réformes de 2016. Il fallait précisément clarifier les rôles et renforcer les mécanismes de contrôle.
La quatrième leçon est que la diversité améliore la gouvernance. Une institution composée de personnes qui ont toutes la même expérience, le même parcours, la même culture et parfois les mêmes réflexes risque de prendre des décisions dans un cadre trop étroit. C’est pourquoi la présence des femmes, des jeunes et de personnes issues de différentes régions du monde ne doit pas être considérée comme un exercice de représentation symbolique. C’est une question d’efficacité.
Enfin, j’ai appris que les institutions africaines doivent davantage investir dans les générations qui arrivent. Nous avons en Afrique énormément de talents. Le problème n’est pas l’absence de compétences. Il est parfois dans les systèmes qui permettent ou ne permettent pas à ces compétences d’accéder aux responsabilités. Nous devons construire des institutions où la compétence, l’intégrité et les résultats comptent davantage que les réseaux personnels.
Je crois profondément à une Afrique qui n’a pas besoin de copier les modèles institutionnels des autres continents, mais qui peut construire ses propres modèles, en s’appuyant sur ses réalités, ses valeurs et ses talents. Et il faut aussi accepter que la gouvernance n’est pas seulement une affaire de textes. Une constitution, un règlement ou un code d’éthique ne produisent rien si la culture de l’organisation ne change pas. C’est la cohérence entre les règles et les comportements qui fait la qualité d’une institution.
Votre parcours vous a amenée à côtoyer de nombreux dirigeants et personnalités influentes à travers le monde. À la fin de la présidence de Macky Sall, vous auriez été sollicitée pour vous engager en politique, mais vous avez choisi de ne pas donner suite. Qu’est-ce qui a guidé cette décision ?
J’ai effectivement eu, à différents moments, des sollicitations, mais surtout des encouragements à m’engager davantage dans la vie politique sénégalaise. Certains de ces encouragements venaient même de personnalités que je connaissais à peine ou avec lesquelles j’avais eu très peu de contacts. Je le prends comme une marque de confiance et d’affection pour mon parcours, mais je n’ai jamais considéré que le fait d’avoir exercé des responsabilités internationales devait automatiquement conduire à une carrière politique.
J’ai toujours été très attachée à mon pays. Le Sénégal est évidemment au cœur de mon identité et de mon engagement. Mais précisément parce que j’aime mon pays, je voulais être certaine de pouvoir lui être utile de la bonne manière.
Après une carrière aussi longue dans le secteur très élitiste des industries de produits phosphatés élaborés, aux Nations unies puis à la FIFA, j’avais aussi besoin de préserver une certaine liberté de parole et d’action.

La politique est un engagement noble lorsqu’elle est guidée par le service public. Mais elle demande un investissement total et une disponibilité qui doivent correspondre à une conviction profonde. Je n’ai pas ressenti, à ce moment-là, cette nécessité intérieure.
J’ai donc préféré continuer à contribuer autrement : par le sport, par la gouvernance, par les organisations internationales, par l’accompagnement des jeunes générations, par les femmes et par les initiatives qui peuvent avoir un impact sur le continent. Je ne regrette absolument pas cette décision.
Cela ne signifie pas que je suis indifférente à la politique. Au contraire. Après avoir travaillé pendant des décennies avec des gouvernements et des chefs d’État, je sais à quel point les décisions politiques influencent la vie quotidienne des citoyens. Mais je crois qu’il existe plusieurs façons de servir son pays. On peut être utile sans nécessairement être candidat à une fonction élective. Aujourd’hui, ma liberté est aussi une richesse. Elle me permet de parler à des personnes de sensibilités différentes, de travailler avec des gouvernements comme avec des institutions internationales ou le secteur privé, et surtout de continuer à défendre certaines convictions : la bonne gouvernance, la jeunesse, l’égalité entre les femmes et les hommes et la place de l’Afrique dans les grandes institutions internationales.
Vous évoquez souvent Madagascar avec beaucoup d’affection, au point de considérer cette île comme votre seconde patrie. Quelle histoire personnelle et quels souvenirs nourrissent cette relation si particulière avec le pays et sa population ?
Madagascar occupe une place absolument particulière dans mon cœur. C’est à la fois un pays qui m’a beaucoup donné, un pays qui m’a beaucoup appris et un pays dans lequel j’ai vécu l’une des périodes les plus difficiles, mais aussi les plus marquantes, de ma carrière aux Nations unies.
Lorsque j’y ai exercé les fonctions de coordinatrice résidente du système des Nations unies, j’ai été confrontée à une situation politique extrêmement tendue. J’avais notamment la responsabilité de coordonner ce que l’on appelait le “common basket”, ou fonds commun électoral, mis en place avec l’aide de la communauté internationale pour accompagner tout le processus électoral, de l'élection présidentielle aux élections municipales en passant par les législatives et les sénatoriales.
Dans un contexte politique très polarisé, cette responsabilité m’a placée directement au cœur des tensions. À un moment particulièrement critique, des menaces ont été proférées directement contre ma personne par des responsables politiques de l’époque. Une marche de personnes hostiles s’est dirigée vers le bâtiment commun des Nations unies avec l’objectif d’empêcher la tenue des élections qui devaient se dérouler sous la supervision de la communauté internationale.
La situation était devenue suffisamment sérieuse pour que ma sécurité soit renforcée de manière très importante. J’ai dû vivre avec une garde lourdement armée à ma résidence, et cette protection m’accompagnait également lors de mes déplacements. Ma fille elle-même bénéficiait d’une protection à son école. Ce sont des moments que l’on n’oublie pas. Il y avait évidemment la responsabilité professionnelle, mais il y avait aussi une dimension très personnelle.
Lorsque les menaces vous concernent directement, lorsque votre famille est impliquée et que vous savez que votre présence est perçue par certains comme un obstacle politique, il faut puiser très profondément dans ses convictions pour continuer à avancer. Je me souviens notamment de cette période où j’étais devenue, aux yeux de certains, presque “l’ennemie publique numéro un”.
Mais je suis restée convaincue d’une chose : les Nations unies n’étaient pas là pour soutenir un camp politique contre un autre. Elles étaient là pour accompagner Madagascar dans une situation profondément multidimensionnelle : une crise politique et institutionnelle qui avait fragilisé le pays pendant plusieurs années, une population dont plus de 70 % vivait sous le seuil de pauvreté, avec moins d’un dollar par jour, et des communautés particulièrement vulnérables dont les souffrances s’étaient considérablement aggravées au fil de la crise.
Notre responsabilité était de contribuer au retour à l’ordre constitutionnel, de créer les conditions permettant au peuple malgache d’exprimer librement son choix et, parallèlement, de tout faire pour atténuer les conséquences de cette crise sur les populations les plus vulnérables.

Nous avons donc tenu notre position. Malgré les tensions, malgré les menaces et malgré les pressions, les élections ont finalement pu se tenir dans les meilleures conditions possibles, avec l’accompagnement et la supervision de la communauté internationale. Un président a été démocratiquement élu.Et ce qui m’a profondément touchée, c’est ce qui s’est passé ensuite. La personne qui, quelques semaines ou quelques mois auparavant, était perçue par certains comme l”ennemie publique numéro un” a progressivement été accueillie avec une affection et une popularité extraordinaires dans pratiquement tous les milieux de la société malgache.
Cette expérience m’a appris quelque chose de très important sur le service public international : il faut parfois accepter d’être incompris, voire rejeté, lorsque l’on sait que l’on défend un principe qui dépasse les intérêts du moment. On ne travaille pas pour être populaire. On travaille pour faire ce qui est juste. Et lorsque, avec le temps, les populations comprennent que votre action est guidée par leur intérêt et non par un agenda politique, la perception peut complètement changer.
C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles mon attachement à Madagascar est si profond. J’y ai connu la peur, la tension et la solitude de certaines décisions, mais j’y ai également découvert une population d’une extraordinaire chaleur et d’une immense générosité.
Et puis il y a Madagascar elle-même. C’est un pays d’une beauté exceptionnelle. Sa faune et sa flore sont uniques au monde, avec un niveau d’endémisme qui en fait un patrimoine naturel absolument extraordinaire. Mais au-delà de cette beauté, ce qui me fascine chez Madagascar, c’est la résilience de ses populations. Je pense notamment au Grand Sud, où les communautés sont régulièrement confrontées à des épisodes de sécheresse et où, depuis une dizaine d’années, les conséquences du changement climatique ont considérablement aggravé les difficultés auxquelles elles doivent faire face.
J’ai eu l’occasion de voir à quel point les populations peuvent être confrontées à des situations extrêmement dures, du manque d’eau à l’insécurité alimentaire en passant par la perte des moyens de subsistance, et malgré tout continuer à se battre, à travailler, à élever leurs enfants et à espérer.
Cette résilience m’a profondément marquée. Elle rejoint d’ailleurs quelque chose que j’ai toujours observé dans mon travail humanitaire et dans mon parcours africain : les populations ne demandent pas que l’on parle à leur place. Elles demandent que l’on crée les conditions pour qu’elles puissent construire elles-mêmes leur avenir.
Madagascar m’a aussi appris que le développement ne peut jamais être simplement une affaire de chiffres, de programmes ou de financements. Derrière chaque politique publique, il y a des femmes, des enfants, des familles et des communautés qui doivent pouvoir vivre avec dignité.
C’est pourquoi, lorsque je parle de Madagascar comme de ma seconde patrie, ce n’est pas une formule. C’est un pays qui m’a accueillie, qui m’a mise à l’épreuve, qui m’a parfois obligée à être extrêmement courageuse, mais qui m’a aussi donné une immense richesse humaine. J’y ai connu des moments où je devais être protégée par des gardes armés. Et j’y ai connu ensuite des moments où je pouvais marcher dans la rue et être accueillie avec une affection extraordinaire.
Cette transformation est pour moi l’un des plus beaux souvenirs de mon passage à Madagascar. J’ai quitté le pays professionnellement, mais je ne l’ai jamais vraiment quitté humainement. Madagascar est devenue ma seconde patrie parce que j’y ai non seulement travaillé, mais que j’y ai vécu, avec les Malgaches, des moments qui ont profondément façonné la femme et la dirigeante que je suis devenue. (TransContinentsAfrica)
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NDLR : Nous avons demandé à Fatma Samoura son avis sur les turbulences que traverse la FIFA depuis la dernière Coupe du monde aux États-Unis. Elle n’a pas souhaité répondre à cette question, ayant quitté la FIFA en 2023, et a souhaité rester fidèle à la ligne qui a toujours guidé son parcours : parler de ce qu’elle connaît et de ce dont elle peut témoigner.
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