Le premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo s’est présenté ce mardi devant l'Assemblée nationale pour sa Déclaration de politique générale (DPG). L'exercice, prévu par les articles 22 et 77 du Règlement intérieur de l'institution, avait initialement été fixé au 1er septembre. La Conférence des présidents l'a reporté d'une semaine.
Nommé le 25 mai 2026 en remplacement d'Ousmane Sonko, devenu depuis président de l'Assemblée nationale, et qui de fait a donc présidé lui-même la séance, le Premier ministre a affronté un hémicycle décrit comme majoritairement hostile à son gouvernement. La répartition du temps de parole en dit long sur un déséquilibre qu'on savait en faveur du groupe Pastef. En effet, sur les quatre heures de débat prévues en deux tours, il a disposé à lui seul de près de 188 minutes, contre 26 minutes cumulées pour Takku-Wallu Sénégal et les non-inscrits.
La vie chère, le premier front
La première remarque qu’on peut faire, c’est que le contexte social a pesé sur l'exercice. Une manifestation organisée le week-end précédent à Dakar a remis la question du coût de la vie au centre de l'actualité. Les délestages enregistrés ces derniers jours ont ajouté une pression supplémentaire sur un terrain où le gouvernement est jugé à l'aune du concret plus que du discours.
Emploi des jeunes, agriculture, énergie, capital humain, bonne gouvernance : ce sont là les axes sur lesquels les députés ont attendu de voir des chiffres précis ainsi que les calendriers prévus par le gouvernement.
Un accord avec le FMI en toile de fond
Pour mieux camper le décor, il convient de rappeler que la DPG est intervenue à peine une semaine après l'annonce, le 1er septembre, d'un accord au niveau des services entre Dakar et le Fonds monétaire international. Le nouvel arrangement, au titre de la Facilité élargie de crédit, porte sur trois ans et environ 2,2 milliards de dollars, soit 1 537,1 millions de droits de tirage spéciaux, l'équivalent de 475 % de la quote-part sénégalaise au Fonds. Précision : l'accord doit encore franchir l'étape de la direction et du Conseil d'administration du FMI.
Le programme, calé sur la période 2026-2029, articule plusieurs chantiers : mobilisation des recettes intérieures, maîtrise de la dépense publique, renforcement de la gestion de la dette, meilleur suivi des arriérés intérieurs et de la supervision des entreprises publiques. Une stratégie de recettes à moyen terme est annoncée pour 2027, avec l'ambition d'élargir durablement l'assiette fiscale.
Autre volet sensible : les autorités ont fait savoir qu'elles solliciteraient un traitement de leur dette dans l'objectif de rétablir sa viabilité et de dégager des marges pour les secteurs prioritaires. Cette annonce, selon plusieurs relais de presse dakarois, a alimenté la polémique déjà constituée autour d'une possible restructuration.
Point important : le FMI conditionne son feu vert définitif à la mise en œuvre de mesures correctrices liées au précédent épisode de communication d'informations erronées, ainsi qu'à l'obtention des assurances de financement nécessaires auprès des partenaires du Sénégal.
Des indicateurs qui contrastent
Sur le terrain macroéconomique, le bilan que le Premier ministre a dû commenter n'est pas sans relief. La croissance réelle a atteint 6,7 % en 2025, portée par la première année pleine de production pétrolière.
Hors hydrocarbures, la progression du PIB a été plus modeste (2,2 % en 2025) avant de rebondir à 4,7 % au premier trimestre 2026, tirée par la consommation des ménages. L'inflation, elle, s'est maintenue à un niveau contenu de 1,4 %.
C'est cet écart entre la performance globale, dopée par le pétrole et la dynamique du reste de l'économie que l'opposition parlementaire n’a pas manqué d'interroger.
Un exercice à double lecture
Au-delà du protocole institutionnel, cette DPG devait se jouer sur deux tableaux. En interne, elle devait convaincre une Assemblée où les rapports de force sont défavorables au gouvernement notamment sur des sujets aussi immédiats que la cherté de la vie ou les coupures d'électricité. À l'externe, elle devait rassurer le partenaire qu’est le FMI dont l'accord reste suspendu à des engagements précis de réforme et de transparence budgétaire. Cela dit, le Sénégal n'est pas le seul pays africain dans cette équation.
Un dilemme à gérer pas propre au Sénégal
En effet, d'Accra à Abidjan, la génération actuelle de gouvernements ouest-africains navigue dans un même dilemme. Celui-ci consiste à produire de la croissance visible pour des opinions publiques promptes à descendre dans la rue et en même temps tenir les engagements de discipline budgétaire exigés par les créanciers multilatéraux. Pas de doute, la Teranga sénégalaise, souvent invoquée comme ciment social, sera cette fois-ci testée à l'aune d'un exercice plus austère : celui des chiffres qui doivent, eux aussi, tenir parole. (TransContinentsAfrica)
