COP17 désertification : l'Afrique est repartie dépitée

DÉCEPTION. Oulan-Bator, capitale mongole, a accueilli pendant quinze jours la 17ᵉ Conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. L’Afrique n’a pas été à la fête.

COP17 désertification : l'Afrique est repartie dépitée

Le thème choisi avait pourtant des allures de promesse : “Restaurer les terres. Restaurer l'espoir” mais il n’en est rien, ou presque rien, sorti pour l’Afrique. Ainsi, le 28 août, les délégations ont plié bagage. Sans décision structurante. Sans le texte que l'Afrique attendait depuis Riyad. Seul acquis tangible : une COP18, dans deux ans, à Charm el-Cheikh, en Egypte, une consolation géographique qui n’était pas le résultat attendu.

La grande déception sur le protocole sécheresse

La demande principale du Groupe africain des négociateurs, formulée dès l'ouverture des travaux, concernait le protocole sécheresse c’est à dire un cadre juridiquement contraignant sur la sécheresse. Objectif  : sortir enfin de la logique de l'urgence gérée dans l'improvisation.

En 2024 déjà, à Riyad, la COP16 avait buté sur ce dossier. Oulan-Bator devait le solder. Il n'en a rien été : le texte est renvoyé à la COP18.

La secrétaire exécutive de la Convention, Yasmine Fouad, y a vu un mandat donné à son secrétariat pour transformer les plans en projets. Une lecture qui a peu convaincu au Sahel et dans la Corne de l'Afrique, où les sécheresses répétées rongent chaque saison un peu plus les récoltes et les troupeaux.

Un budget sauvé, des besoins ignorés

Sur le financement, l'Afrique a évité le pire sans obtenir le meilleur. Washington était arrivé en Mongolie avec l'intention de réduire sa contribution à la Convention. Une manœuvre qui aurait, mécaniquement, fragilisé son fonctionnement. Les États-Unis ont finalement renoncé. Le budget annuel, environ 10 millions d'euros, est maintenu.

Sur le terrain, 1,3 milliard de dollars ont été annoncés pour la restauration des terres, à travers 45 projets dans 23 pays. Le chiffre impressionne sur le papier. Il reste marginal face aux besoins que la Convention elle-même chiffre à 1 milliard de dollars par jour d'ici 2030 pour restaurer les terres dégradées de la planète.

Deux tiers du territoire africain sont occupés par des déserts ou des zones arides. Près de 75 % de ces terres sont dégradées, selon la CNULCD. L'écart entre l'ambition affichée et l'argent mobilisé demeure, pour le continent, le signal le plus net de la déception.

La Grande Muraille verte toujours en pointillé

Réunis au Caire début juin, sous l'égide de l'Union africaine, de l'AUDA-NEPAD et du PNUE, les négociateurs africains espéraient replacer l'Accélérateur de la Grande Muraille verte au cœur des priorités financières internationales.

Le programme avait pourtant recueilli, dès janvier 2021, une promesse initiale de 14,3 milliards de dollars, portée depuis à 19 milliards. Mais convertir ces engagements en financements accessibles sur le terrain reste lent. Oulan-Bator n'a rien corrigé de cette lenteur.

Le pastoralisme, plus une embellie symbolique qu’une rupture

2026 est l'Année internationale des parcours et des pasteurs. Le pastoralisme mobile, longtemps pointé du doigt comme facteur de surpâturage, y gagne une reconnaissance inédite comme outil de gestion durable des milieux arides.

Le Global Pastoralist Gathering, organisé en amont de la COP à Oulan-Bator, a réuni plus de 400 éleveurs, dont des délégations sénégalaises et sahéliennes, autour d'une déclaration commune. Une avancée dans la visibilité mais qui ne s'est pas traduite par des engagements financiers ou normatifs à sa mesure.

À l'échelle mondiale, la moitié des terres de parcours restent dégradées. La raréfaction des points d'eau continue d'attiser les tensions entre éleveurs et agriculteurs, du Sahel à l'Afrique australe.

Une gouvernance qui laisse l'Afrique à la marge

Au-delà des chiffres, c'est la méthode qui a nourri l'amertume. Les discussions sur l'égalité femmes-hommes dans l'accès à l'eau et aux financements, sur la place de la société civile et sur les synergies entre les trois Conventions de Rio ont été bloquées dès la présentation de l'ordre du jour. Une représentante de la société civile tanzanienne a résumé, sur place, la frustration ressentie pendant les sessions plénières : les décisions s'y prennent sans que les organisations les plus proches du terrain africain ne puissent réellement peser sur leur issue.

Faute d'accord contraignant à Oulan-Bator, c'est sur son propre sol que l'Afrique aura, en 2028, l'occasion de reprendre la main. Charm el-Cheikh offrira au continent une position d'hôte pour porter, une troisième fois, le protocole sécheresse et le financement de la Grande Muraille verte. Entre la déception mongole et l'attente désormais reportée sur l'Égypte, la désertification confirme ce qu'elle est devenue pour l'Afrique : moins un sujet environnemental parmi d'autres qu'un test annuel de la crédibilité des engagements internationaux envers le continent. (TransContinentsAfrica)

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