Bénin : nouvellement investi, Wadagni tend la main à l’AES

CHANGEMENT. Elu à la suite de la présidentielle du 12 avril dernier, Romuald Wadagni imprime déjà sa marque avec une inflexion forte quant à la coopération régionale.

Bénin : nouvellement investi, Wadagni tend la main à l’AES

Après dix années de pouvoir de Patrice Talon, le Bénin a tourné une nouvelle page de son histoire politique avec l’investiture, ce dimanche à Cotonou, du président élu Romuald Wadagni. Celui-ci a été investi ce dimanche à Cotonou, au terme d’une transition marquée par le message d’adieu adressé cette semaine par le chef de l’État sortant, Patrice Talon. Devant plusieurs milliers d’invités béninois et étrangers, l’entrée en fonction officielle de l’ancien ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances, a été consacrée. 

Le décor laissé par Patrice Talon

Auparavant, jeudi dernier, Patrice Talon avait livré un message empreint de solennité pour clore une décennie de gouvernance. “Au moment de quitter la charge, je voudrais vous remercier de tout cœur et vous dire combien je suis fier de vous pour le chemin exigeant qu’ensemble nous avons osé parcourir ces dix dernières années”, a-t-il déclaré saluant les “défis relevés, les réformes opérées et les chantiers majeurs engagés”. Patrice Talon a également adressé ses “vœux de réussite” à son successeur pour “les sept années à venir”, estimant que le Bénin poursuivra sa marche vers “une grande nation”.

Arrivé au pouvoir en 2016 après une carrière d’homme d’affaires, Patrice Talon laisse l’image d’un dirigeant ayant profondément transformé l’appareil administratif et économique béninois à travers d’importants programmes d’infrastructures et de modernisation de l’État. Son bilan reste toutefois contesté par une partie de l’opposition et de la société civile, notamment après l’exclusion du parti Les Démocrates de la présidentielle de 2026 pour défaut de parrainages, ainsi qu’après l’adoption d’une réforme constitutionnelle instaurant un mandat présidentiel de sept ans. 

Dans sa décision du 16 avril, la Cour constitutionnelle a confirmé la victoire du ticket Wadagni–Chabi Talata avec 4 millions 515 449 voix, soit 94,27 % des suffrages valablement exprimés, pour un taux de participation de 63,57 %.

Romuald Wadagni : une nouvelle trajectoire de coopération

À 49 ans, Romuald Wadagni est devenu le quatrième président du Bénin depuis le renouveau démocratique de 1990. Il a profité de son discours d’investiture pour relancer l’appel au dialogue avec les pays de l’Alliance des États du Sahel, dans un contexte encore marqué par les tensions diplomatiques entre Cotonou et Niamey.

“Dans une sous-région confrontée au péril terroriste, nous sommes condamnés à travailler ensemble”, a déclaré le successeur de Patrice Talon, en saluant la présence de délégations venues des pays voisins.

En renouvelant dimanche son appel au dialogue régional, Romuald Wadagni a semblé vouloir amorcer une nouvelle séquence diplomatique avec les États sahéliens. “Ensemble, nous pouvons bâtir une Afrique puissante en faisant nos propres choix d’orientation stratégique”, a-t-il soutenu, plaidant pour une coopération africaine renforcée face aux défis sécuritaires et économiques du continent. Le chef de l’État béninois a réaffirmé “la disponibilité du Bénin à agir de concert” avec les pays de la sous-région pour lutter contre le terrorisme et promouvoir une coopération fondée sur “la stabilité, le dialogue et le respect”.

La délégation malienne qui était présente était conduite par le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop, celle du Burkina Faso par le chef de la diplomatie Karamoko Jean-Marie Traoré, tandis que le Niger était représenté par le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine.

Le contexte de tensions à dissoudre en changeant d’approche

Les propos de M. Wadagni sont intervenus après plusieurs mois de tensions entre le Bénin et le Niger, déclenchées à la suite du coup d’État militaire de juillet 2023 à Niamey contre le président renversé Mohamed Bazoum. Les autorités nigériennes avaient accusé le Bénin d’abriter des bases militaires étrangères destinées à déstabiliser le Niger, des accusations rejetées par Cotonou. La fermeture prolongée de la frontière nigéro-béninoise avait également perturbé les échanges économiques, notamment le transit du pétrole nigérien via le port de Cotonou.

Dans ce climat de crispation, les pays de l’AES avaient déjà été conviés par les autorités béninoises aux célébrations du 65e anniversaire de l’indépendance du Bénin, en juillet 2025, mais avaient décliné l’invitation, illustrant alors la froideur des relations entre Cotonou et les régimes sahéliens.

Si le Bénin reste moins touché par les violences jihadistes que les trois pays de l’AES, le nord du pays est néanmoins confronté depuis plusieurs années à des attaques attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, organisation affiliée à Al-Qaïda. (TransContinentsAfrica)

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