Officiellement né le 29 mai 1926, Abdoulaye Wade est avant tout l’homme qui a incarné pendant plus de 25 ans l’opposition au parti unique de fait, avant de symboliser l’alternance démocratique en 2000 et d’occuper la magistrature suprême jusqu’en 2012. Surnommé “Ndiombor” (le lièvre) par l’ex-président Léopold Sédar Senghor pour sa ruse politique, il reste une figure majeure et controversée de l’histoire contemporaine du Sénégal.
Wade, l’homme de l’opposition
C’est au début des années 1970 que celui qui est alors doyen de la Faculté de Sciences juridiques de l’Université de Dakar, après avoir été avocat au barreau de Besançon puis de Dakar, fonde le Parti démocratique sénégalais (PDS) dans le sillage du Bloc des Masses sénégalaises, elle-même créée en 1966 puis dissoute.
Il faut rappeler déjà qu’en mai 1963, il avait été au coeur d’un événement politique majeur pour la vie politique sénégalaise : le procès de l’ex-président du Conseil, Mamadou Dia, et de ses ministres Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Sar, Alioune Tall et Joseph Mbaye. En effet, Abdoulaye Wade, à côté de Robert Badinter, a fait partie des avocats de la défense.
En tout cas, en 1974, le Parti Démocratique Sénégalais est reconnu et devient le premier grand parti d’opposition légale au Sénégal. Il devient rapidement le principal opposant au régime socialiste de Léopold Sédar Senghor.
En 1978, élu député, il se présente pour la première fois à l’élection présidentielle contre Senghor et obtient près de 18 % des voix. Rebelote en 1983, 1988 et 1993 mais cette fois-ci contre le président Abdou Diouf qui a, entretemps, remplacé Léopold Sédar Senghor à la tête de l’Etat. Sans succès, ces périodes sont marquées par des tensions, des manifestations, des arrestations et même des exils temporaires.
Cela n’empêche qu’il a accepté à deux reprises des postes de Ministre d’État dans des gouvernements de coalition avec Abdou Diouf, d’abord de 1991 à 1992 puis de 1995 à 1998).
Wade, l’homme de l’alternance
Tout bascule en février-mars 2000. À 74 ans, Abdoulaye Wade remporte l’élection présidentielle sous le slogan “Sopi” (Changement en wolof). Au premier tour, il talonne Abdou Diouf (31 % contre 41 %), puis gagne à l’issue du second tour avec 58,5 % grâce à une coalition de l’opposition. C’est un moment historique pour le Sénégal et l’Afrique de l’Ouest : c’est la première alternance démocratique pacifique en Afrique francophone et la fin de 40 ans de pouvoir du Parti Socialiste.
Wade, le Chef de l’Etat de 2000 à 2012
Un an après son arrivée au pouvoir, Abdoulaye Wade fait adopter une nouvelle Constitution par référendum. Désormais, le Président de la République est élu pour cinq ans et ses pouvoirs sont réduits.
Réélu dès le premier tour en 2007 avec 55,8 % des voix, il se lance dans de grands projets avec les chantiers de l’autoroute Dakar-Diamniadio, du nouvel aéroport Blaise Diagne entre autres et surtout promeut le NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique). Cette période est également marquée par de nombreuses controverses et notamment des accusations de népotisme autour de son fils Karim Wade entretemps devenu ministre Ministre d'État, ministre de la Coopération internationale, de l'Aménagement du territoire, des Transports aériens et des Infrastructures. Les adversaires de Wade ironiseront en qualifiant son fils de “ministre du Ciel et de la Terre”.
2012 : la défaite et la fin de la séquence Wade au sommet de l’Etat
Candidat à un troisième mandat malgré les critiques, il est battu au second tour (34 % contre 65 %) par Macky Sall qui fut son Premier ministre. Il accepte le résultat et quitte le pouvoir pacifiquement permettant de saluer la maturité démocratique du Sénégal..
À 100 ans, Maître Wade reste une figure emblématique et respectée au Sénégal. Il vit actuellement en France, à Versailles, avec son épouse Viviane. Encore intellectuellement très alerte selon les récentes interviews, il laisse un héritage politique à la fois immense et contrasté. Voilà qui explique que le Sénégal organise des hommages pour célébrer son centenaire.
Un centenaire sous le Haut Patronage du président Diomaye Faye
A cet effet, le président sénégalais a accepté de placer sous son Haut Patronage la célébration du Centenaire de l’ancien chef de l’État, célébration prévue avec la participation active du PDS.
C’est au terme d’échanges entre une délégation conduite à la mi-avril par Nafissatou Diallo qu’au-delà de cette décision, il a été convenu que le chef de l’État actuel va y prendre personnellement part. Cela s’est passé dans une atmosphère décrite comme “empreinte de considération et de respect” au sein de laquelle le président Faye a salué en Abdoulaye Wade “une figure politique majeure en Afrique et dans le monde qui a contribué à forger l’image et le prestige du Sénégal sur la scène internationale”. Et d’ajouter que l’ex-président “a su ouvrir aux Sénégalais un horizon des possibles élargi, nourrissant une ambition collective et une confiance renouvelée en l’avenir”.
Des déclarations qui en disent long sur la place qu’occupe désormais, au-delà des vicissitudes de la politique, Me Abdoulaye Wade au Panthéon politique du Sénégal. (TransContinentsAfrica)
