C’est un pionnier légendaire du reggae qui vient de tirer sa révérence. Né en juillet 1944 à Saint-James, en Jamaïque, Jimmy Cliff, de son vrai nom James Chambers, a éclaboussé de son talent la scène musicale jamaïcaine. Chanteur, compositeur et acteur, il a joué un rôle crucial dans la popularisation mondiale du reggae en mêlant soul, ska et messages sociaux sur la résistance, l'amour et la justice. C’est son épouse Latifa Chambers qui a annoncé son décès sur instagram. "Jimmy, mon chéri, repose en paix", a-t-elle écrit, signant au nom de leurs enfants Lilty et Aken.
Un parcours de Kingston à l’international
C’est très jeune à l’adolescence que Jimmy Cliff a commencé sa carrière dans la capitale jamaïcaine composant en même temps qu’il enchaînait les petits boulots.
Preuve de sa précocité, dès les années 1960, il a signé chez Island Records, la maison de disques fondé par Chris Blackwell que la bande de Bob Marley rejoindra plus tard. C’est à cette époque qu’il a sorti des hits comme "Hurricane Hattie" et que les portes de l’international vont lui être ouvertes. Installé à Londres en 1965, le voilà qui absorbe des influences soul et R&B, évoluant vers le reggae naissant.
Le voilà donc qui ouvre la voie avec des morceaux comme “Wonderful World, beautiful people”, “Viet-Nam”. Il atteint les sommets en 1972 avec le film “The Harder They Come” dans lequel lui échoit le rôle principal d'Ivanhoe Martin, un chanteur rebelle face à la pauvreté et à la corruption.
La bande-son du film, sur la même orbite que l’opus cinématograĥique, propulse le reggae aux États-Unis, avec des tubes comme "You Can Get It If You Really Want", "The Harder They Come", "Many Rivers to Cross" et "Sitting in Limbo". Le film qui a coûté seulement 350 000 dollars devient culte et une source d’inspiration pour plusieurs générations.
La route du succès désormais ouverte
La suite, c’est une succession de tubes et de collaborations prestigieuses avec des géants comme les Rolling Stones, Paul Simon, Bruce Springsteen et Willie Nelson. Ses albums alternent reggae pur comme “Follow My Mind” en 1973, pop-reggae comme “I Can See Clearly Now”, une reprise de Johnny Nash en 1993, et l’évocation de thèmes tels que par exemple l’unité avec "Reggae Night" en 1983.
Ce parcours qui s’est prolongé a été parsemé de nombreuses distinctions : un Grammy du Meilleur album reggae pour Cliff Hanger en 1986 et Rebirth en 2013 ; une intronisation au Rock & Roll Hall of Fame en 2010 ; une décoration avec l’Ordre du Mérite jamaïcain et une discographie de plus de 20 albums.
Un rôle d’ambassadeur culturel, un humaniste
Ce qui va faire que la postérité retiendra son souvenir au-delà de la musique, c’est que Jimmy Cliff était aussi un ambassadeur culturel qui portait des causes qui lui tenaient à coeur comme la pauvreté, le racisme autant sur scène dans ses concerts qu’à l’écran dans des films. Avec lui, la Jamaïque est sortie des clichés touristiques devenant une île préoccupée par l’humanité. Il a été accompagné en cela par les autres grands chanteurs et musiciens qu’ont été Bob Marley, Peter Tosh, Toots, etc. Preuve que les années ne l’ont pas conduit à désarmer sur ce terrain : son dernier album, Refugees sorti en 2022 a matérialisé son engagement pour les migrants.
Comme on a pu le lire dans les réactions à sa disparition, la mort de “la voix qui a rendu le reggae global” n’est pas une fin mais un passage de flambeau. De quoi conduire des médias comme The Guardian et NBC News à souligner sa place unique dans le rayonnement du reggae comme bande-son de la résilience. (TransContinentsAfrica)
