Cette orientation vers une reconnaissance des Daar par l'Etat a été confirmée dans un communiqué officiel du gouvernement à la suite de la réception par le Premier ministre Ousmane Sonko des conclusions d'une vaste concertation nationale sur les daaras qui a abouti à des Assises nationales.
Comment le processus a-t-il été mis en oeuvre ?
Lancé le 25 septembre 2025 sur instruction présidentielle, le processus des Assises des Daara est une première dans l'histoire éducative du Sénégal. Il s’est déroulé en plusieurs étapes. D’abord autour de concertations menées au niveau communal, ensuite au niveau des 46 départements du pays, enfin, les concertations ont été consolidées à l'échelle nationale.
Ce que dit l'exécutif
Pour le Premier ministre Ousmane Sonko, il s’agit d’une “alliance historique entre une exigence de justice sociale longtemps différée et une impulsion politique de haute portée”. Et de prendre “l'engagement personnel et solennel” de porter l'intégralité des conclusions devant le président de la République.
Pour Bassirou Diomaye Faye s’exprimant lors de la Journée nationale des Daara, “il ne peut y avoir de souveraineté durable sans maîtrise de nos références éducatives”. Une manière de montrer la dimension de souveraineté derrière la réforme. Ce que confirme le ministre de l'Éducation, Moustapha Mamba Guirassy, pour qui “ces assises nationales ont pour finalité la refondation du système éducatif sénégalais selon le modèle des Daara, en vue d'une souveraineté éducative”.
Ce sur quoi porte la réforme des Daara
L'architecture de l'avenir des Daaras s’appuie sur sept axes comme structure :
D’abord, une vision réaffirmée avec à la clef une révision rigoureuse des concepts fondateurs et des finalités éducatives du daara ; s’en suit la mise en place d’une gouvernance pérenne et responsable grâce à des mécanismes de financement transparents et une gestion rigoureuse des deniers publics ; vient après une reconnaissance institutionnelle pleine et entière à travers l’adoption d'un cadre juridique et réglementaire adapté conférant aux daaras la légitimité et la sécurité que leur rôle exige.
Pour compléter ces trois premiers axes, il y a d’abord la restauration de la dignité de l'apprenant par l’amélioration substantielle des conditions de vie et des environnements d'apprentissage, ensuite, la quête de l'excellence pédagogique par une articulation féconde entre la profondeur de la tradition coranique et les standards de la réussite contemporaine, puis la professionnalisation des maîtres coraniques auxquels il est conféré des formations bien étudiées et un statut mieux encadré, enfin, l'insertion socio-économique faisant des Daaras des passerelles vers l'emploi.
Validée en Conseil des Ministres, les recommandations retenues devront être mises en oeuvre par les ministres de l'Éducation nationale et de l'Emploi et de la Formation professionnelle et technique à travers un programme intégré de soutien aux Daara afin d'asseoir leur place déterminante dans la consolidation du système éducatif ainsi que leur contribution au développement économique et social du pays.
Concrètement, le budget 2026 intègre d’ores et déjà des ressources destinées à la réhabilitation de Daara prioritaires. Une manière de revenir sur les dysfonctionnements qui ont caractérisé l’environnement des Daara jusque-là marquées par des conditions de vie précaires pour les pensionnaires que sont notamment les talibés.
La signification politique derrière la réforme
A y voir de plus près, cette réforme s'inscrit dans une lecture cohérente du projet politique du tandem Diomaye-Sonko autour de la souveraineté déjà revendiquée sur les plans militaire, monétaire, minier et extractif à propos du pétrole et du gaz.
De fait, la reconnaissance des Daaras comme composante légitime du système éducatif national est une manière d’affirmer que le modèle hérité de la colonisation ne peut plus être la seule référence et de d’autant que des centaines de milliers d'enfants apprennent dans ces structures que l'État ignorait officiellement.
En d’autres termes, avec la reconnaissance officielle le Sénégal choisit de ne pas laisser dans un angle mort éducatif une institution présente dans la vie des populations depuis bien des années pour ne pas dire des siècles. (TransContinentsAfrica)
