L’écrivain Boualem Sansal veut engager une action contre l’Etat algérien

DROIT. Le nouvel immortel de l’Académie française entend saisir la justice internationale pour demander des comptes aux autorités algériennes. Il relance le débat sur la liberté d’expression dans le pays.

L’écrivain Boualem Sansal veut engager une action contre l’Etat algérien

C’est un rebondissement d’importance dans l’affaire de la détention d’un an puis de la grâce présidentielle de Boualem Sansal. Libéré en novembre 2025, l’écrivain franco-algérien a annoncé vouloir saisir la justice internationale, de quoi relancer, au-delà de la privation de liberté, , le débat sur la liberté d’expression dans le pays.

Volonté de “se battre” pour faire reconnaître ses droits

L’auteur de 81 ans, récemment élu à l’Académie française, affirme vouloir obtenir des explications sur les circonstances de son arrestation et sur la détention qu’il estime injustifiée. Cette annonce intervient au moment où il rejoint les éditions Grasset, quittant son éditeur historique Gallimard.

Dans une interview accordée à la chaîne CNews et reprise par plusieurs médias français, l’écrivain a déclaré vouloir “se battre” pour faire reconnaître ce qu’il décrit comme une atteinte à ses droits fondamentaux.

"J’ai été agressé par un gouvernement, un régime”, a-t-il affirmé, expliquant vouloir comprendre “pourquoi il a été arrêté et pourquoi une année de sa vie lui a été retirée”. Selon lui, une procédure judiciaire internationale constituerait désormais le seul moyen d’obtenir des réponses.

Une affaire dans un climat de crispations

L’affaire Sansal s’inscrit dans un climat politique algérien marqué depuis plusieurs années par une crispation accrue autour de la liberté d’expression. Les autorités avaient arrêté l’écrivain à la suite de prises de position critiques sur l’évolution politique du pays. La justice algérienne l’avait ensuite condamné à cinq ans de prison pour “atteinte à l’unité nationale”, une accusation fréquemment utilisée contre des voix critiques, selon plusieurs organisations internationales de défense des droits humains.

Face à la mobilisation d’intellectuels, d’éditeurs et de responsables politiques en Europe, le président Abdelmadjid Tebboune avait finalement accordé une grâce présidentielle le 12 novembre 2025. Cette décision était intervenue après plusieurs mois de pressions diplomatiques, notamment une requête officielle formulée par le président allemand Frank-Walter Steinmeier, invoquant des considérations humanitaires liées à l’âge et à l’état de santé de l’écrivain.

Une affaire entre le pouvoir algérien et monde intellectuel

Pour de nombreux observateurs, cet épisode illustre les tensions persistantes entre le pouvoir algérien et une partie du monde intellectuel critique. L’usage récurrent d’infractions liées à “l’unité nationale” ou à la “sécurité de l’État” nourrit régulièrement les accusations de dérive autoritaire formulées par des ONG et par une partie de la diaspora.

En annonçant vouloir porter l’affaire devant la justice internationale, Boualem Sansal ouvre ainsi un nouveau front judiciaire et symbolique contre les autorités algériennes. Au-delà de son cas personnel, cette initiative pourrait raviver les critiques internationales sur l’état des libertés publiques en Algérie et remettre sous les projecteurs un système politique régulièrement accusé de criminaliser la dissidence intellectuelle. (TransContinentsAfrica)

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