L’eau, une question que l’Union africaine a décidé de prendre à bras-le-corps

AVANCÉE. En choisissant l’eau comme thème central de son 39e sommet, l’organisation panafricaine montre qu’elle en a compris l'importance et a choisi d’en faire une priorité stratégique.

L’eau, une question que l’Union africaine a décidé de prendre à bras-le-corps

Parallèlement aux conflits et multiples dossiers auxquels elle doit faire face, l’Union africaine vient de faire un choix fort en mettant la question de l’eau au coeur de ses préoccupations. Pour ce faire, elle a décidé d’e formuler le thème central de son 39e sommet de la manière suivante “L’eau comme ressource vitale pour le développement et la vie”.

Pour l’organisation panafricaine, le moment est d’importance accompagné qu’il est par la volonté du Sénégal de marquer sa présidence du Comité exécutif du Conseil des ministres africains chargés de l’eau d’un sceau d’initiatives et d’actions concrètes à fort impact. 

Par ailleurs, coprésident avec les Emirats arabes unis la Conférence des Nations Unies sur l'eau de 2026 prévue du 2 au 4 décembre prochain à Abou Dhabi, le Sénégal ambitionne de repositionner les questions d’eau et d’assainissement, longtemps reléguées au second plan des négociations climatiques internationales, au coeur des politiques climatiques et de développement.

Le 39e sommet de l’Union africaine, prévu les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba, lui a donné l’opportunité de poser les bases de son approche et de les partager. 

Porter une voix forte en faveur de l’eau et de l’assainissement

Selon le Dr Bakary Faty, directeur de la Direction de la gestion et de la planification des ressources en eau au ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, il s’agit d’inscrire cette voix innovante en faveur de l’eau et de l’assainissement dans une dynamique de renforcement de la coopération entre États africains et de mobilisation de l’ensemble des acteurs autour d’une vision commune à l’échelle continentale. 

Comment relever les défis qui se présentent ? 

A la tête du Comité exécutif du Conseil des ministres africains chargés de l’eau (AMCOW, sigle anglais), la présidence sénégalaise de cette organisation entend se reposer sur quatre chantiers structurants qui lui apparaissent pouvoir faire la différence. 

Le premier vise une gouvernance renforcée de l’organisation, mieux adaptée aux ambitions africaines et orientée vers l’accélération des progrès vers l’Objectif de développement durable 6 relatif à l’eau et à l’assainissement.

Le second porte sur l’adoption, par les chefs d’État et de gouvernement, de la Vision et de la politique africaines de l’eau à l’horizon 2063. 

Le troisième chantier concerne un plaidoyer politique de haut niveau afin d’inscrire durablement l’eau parmi les priorités de l’agenda de l’Union africaine.

Enfin, la quatrième priorité est l’unification de la position africaine dans les négociations et mécanismes mondiaux liés à l’eau.

Cela dit, il convient d’être lucide et de prendre conscience de réalités du terrain qui ne simplifient pas d’atteindre les objectifs facilement. 

Réaliser le contexte de vulnérabilité des infrastructures

Ce plaidoyer intervient en effet dans un contexte de vulnérabilité croissante des infrastructures hydrauliques africaines face au changement climatique. “Toutes les infrastructures ne sont pas aujourd’hui suffisamment résilientes”, souligne Dr Bakary Faty.

Certains bassins fluviaux pourraient connaître une humidification accrue, tandis que d’autres, comme celui du Zambèze, risquent de perdre jusqu’à 60 % de leur potentiel hydroélectrique, avec des conséquences majeures sur les coûts énergétiques et la sécurité des populations, alerte-t-il.

D’où la nécessité, selon lui, de repenser en profondeur les modèles d’aménagement hydraulique pour les adapter aux nouveaux scénarios climatiques.

Pour le Dr Bakary Faty, directeur de la Direction de la gestion et de la planification des ressources en eau au ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, l'Afrique doit renforcer sa voix dans l'approche internationale de l'eau. 
Pour le Dr Bakary Faty, directeur de la Direction de la gestion et de la planification des ressources en eau au ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, l'Afrique doit renforcer sa voix dans l'approche internationale de l'eau. 

Au-delà de la résilience des ouvrages, le changement climatique pose la question des arbitrages entre usages concurrents de l’eau : alimentation en eau potable, agriculture irriguée, industrie, énergie et préservation des écosystèmes.

Dans un contexte de stress hydrique croissant, ces choix deviennent des décisions politiques majeures, susceptibles d’influencer la stabilité sociale et économique des territoires.

Par ailleurs, l’approche par les seules infrastructures ne saurait suffire. La protection des écosystèmes aquatiques (nappes phréatiques, zones humides, lacs et mangroves) apparaît de plus en plus comme un levier naturel d’adaptation climatique, souvent moins coûteux et plus durable que les solutions strictement techniques.

Relever le défi du financement 

La question du financement reste également centrale. Malgré son rôle déterminant dans l’adaptation au changement climatique, l’eau demeure marginalisée dans les mécanismes financiers internationaux, largement focalisés sur la réduction des émissions de carbone.

“L’eau est la grande oubliée des conférences climatiques, alors qu’elle est un marqueur direct du changement climatique”, rappelle le responsable, citant les analyses d’experts du secteur. 

L’AMCOW plaide ainsi pour une augmentation substantielle des investissements dans les infrastructures hydrauliques, notamment à travers des instruments dédiés à la résilience climatique en Afrique.

Pour changer la donne en matière de gestion de l'eau et d'approche de l'assainissement, il faut augmenter les investissements et  améliorer l'orientation des financements. 
Pour changer la donne en matière de gestion de l'eau et d'approche de l'assainissement, il faut augmenter les investissements et  améliorer l'orientation des financements. 

Quoiqu’il en soit, pour l’AMCOW, il devient urgent d’orienter davantage de financements vers des infrastructures hydrauliques résilientes, mais aussi vers la production de données hydrométéorologiques fiables, la planification fondée sur la science et l’innovation technologique, notamment les systèmes d’alerte précoce et la modélisation climatique.

Partager des éléments précieux de la donnée climatique

Face au stress hydrique croissant, la coopération transfrontalière apparaît comme un levier indispensable. Le partage d’informations, la concertation et la gestion commune des ressources constituent, selon Dr Bakary Faty, des conditions essentielles à la sécurité hydrique et à la stabilité régionale.

Les expériences de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) et de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG) illustrent, à ses yeux, la capacité des États africains à bâtir une gouvernance partagée et pacifique des bassins transfrontaliers.

Cristalliser un message politique clair sur l’eau

Au-delà des constats, le message politique que le Sénégal souhaite porter au nom de l’Afrique lors du prochain sommet climatique est sans équivoque. Le continent n’a exploité qu’environ 5 % de son potentiel hydroélectrique, contre plus de 70 % dans les régions développées, révélant un retard massif d’investissement hydraulique.

Ce déficit, combiné à des taux d’accès à l’eau parmi les plus faibles au monde et à une mobilisation financière insuffisante, constitue un frein structurel majeur au développement, à l’industrialisation et à la transition énergétique de l’Afrique.

Une manière de dire que l’investissement dans l’eau représente un levier à fort impact économique, social et environnemental. 

Plus que jamais, pour le Sénégal et pour l’AMCOW, ce 39e Sommet de l’Union africaine doit marquer un tournant décisif. Désormais, il faut faire que l’eau ne soit plus une variable d’ajustement mais un pilier stratégique des politiques climatiques et de développement du continent. Ce qui, convenons-en, pourrait changer en profondeur la vie de nombreux Africains pour lesquels la qualité de vie serait sensiblement améliorée. (TransContinentsAfrica)

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