“L’Afrique ne doit pas subir l’IA mais la mettre au service de ses priorités”

INTERVIEW. L’Afrique creuse son sillon dans le formidable tourbillon technologique que vit le monde. Fondateur et directeur de CIO Mag, Mohamadou Diallo nous en livre un aperçu.

“L’Afrique ne doit pas subir l’IA mais la mettre au service de ses priorités”

Globe-trotter africain de l’événementiel autour des nouvelles technologies par les nombreuses manifestations qu’il a organisées aux quatre coins du Continent, Mohamadou Diallo a développé autour de son magazine CIO Mag un important écosystème de convergence au service de l’Afrique. Il s’est confié à TransContinentsAfrica à son propos.

TransContinentsAfrica : En marge de Gitex Africa qui s'est déroulé à Marrakech, vous avez organisé la troisième édition des CIO Awards autour du thème “Alignement Stratégique à l’ère de l’Intelligence Artificielle”. Que souhaitiez-vous mettre en exergue pour l’Afrique avec ce choix ? 

Mohamadou Diallo : La 3e édition des Africa CIO Awards a effectivement été consacrée à l'alignement stratégique à l’ère de l’IA. Avec ce thème, nous voulions montrer que l’Afrique ne doit pas subir l’intelligence artificielle mais la mettre au service de ses priorités. L’alignement stratégique, c’est la capacité de nos directeurs de l'Information (CIOs) et décideurs à intégrer l’IA dans les politiques publiques, dans les chaînes de valeur locales et dans les services aux citoyens. 

C'est en 2024 qu'a eu lieu la première cérémonie des African CIO Awards destinés à récompenser les DSI les plus remarqués par leur performance. 
C'est en 2024 qu'a eu lieu la première cérémonie des African CIO Awards destinés à récompenser les DSI les plus remarqués par leur performance. 

Nous sommes convaincus que l’Afrique doit saisir cette opportunité pour renforcer sa souveraineté numérique et bâtir des solutions adaptées à ses réalités. Aussi avons-nous reçu près de soixante projets venus de quinze pays africains. Après analyse de notre jury, présidé par Elisabeth Moreno, trente ont été présélectionnés. Et nous avons eu le plaisir d'analyser des projets très inspirants et de grande valeur.

Depuis 2008 que CIO Mag existe, qu’est-ce qui vous a frappé dans le rapport de l’Afrique à l’évolution vers et dans le numérique ? 

Ce qui m’a frappé, c’est la rapidité avec laquelle les usages numériques se sont imposés, souvent plus vite que les infrastructures. L’Afrique a montré une formidable capacité d’adoption – du mobile banking à l’e‑santé – mais elle reste confrontée à des défis de gouvernance, de formation et de financement. CIO Mag est né pour accompagner cette dynamique, donner une voix aux acteurs africains et créer des passerelles entre innovation et politique publique.

Vous avez initié et mis en œuvre dans plusieurs pays les Assises de la Transformation digitale en Afrique. Quels éléments saillants sont sortis de cette confrontation du numérique avec les réalités du Continent ? 

Les Assises ont révélé trois éléments saillants :

- La nécessité d’une gouvernance inclusive, où l’État, le secteur privé et la société civile co‑construisent les politiques.

- L’importance de la formation et de la montée en compétences, car sans capital humain, la transformation reste un slogan.

- Enfin, l’urgence d’investir dans les infrastructures de base – connectivité, data centers, cybersécurité – pour que l’Afrique puisse bâtir son propre écosystème numérique.

Les ATDA ont permis de poser et traiter la question du numérique dans de nombreux pays africains.  
Les ATDA ont permis de poser et traiter la question du numérique dans de nombreux pays africains.  

Quelle trajectoire en termes d’initiatives publiques et privées l’Afrique devra-t-elle suivre pour tirer son épingle du jeu dans un monde où l’intelligence artificielle va de plus en plus dicter son tempo ? 

L'Afrique doit suivre une double trajectoire : une première, publique, en mettant en place des cadres réglementaires clairs, favoriser l’éthique et la confiance, et investir dans la recherche locale, une seconde, privée, en encourageant les start‑ups, les partenariats et l’innovation frugale qui répond aux besoins concrets des populations.

Si nous réussissons à articuler ces deux dynamiques, l’IA deviendra un levier de développement inclusif et durable, et non une dépendance supplémentaire. Face à cette jeunesse, qui est un atout pour l'Afrique, la formation doit être la priorité de notre continent pour réussir cette quatrième Révolution industrielle. (TransContinentsAfrica)

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