L’onde de choc de la décision du Jury d’Appel de donner la victoire de la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) au Maroc face au Sénégal arguant d’un forfait des Lions de la Teranga ne s’est pas limitée au seul Continent. Elle a une répercussion internationale de par l’organe auprès duquel le Sénégal a introduit un recours, le Tribunal arbitral du Sport, mais aussi de par l’importance et la répercussion que la décision qui va en sortir va avoir sur le football mondial.
Voilà qui a justifié que la Fédération sénégalaise de football a tenu, en présence de son président, Abdoulaye Fall, de l’ambassadeur du Sénégal à Paris, Baye Moctar Diop, ainsi que d’un collectif de cinq avocats internationaux, des Sénégalais, des Français, des Suisses et des Espagnols, une conférence devant la presse internationale dans la capitale française. Une opportunité pour mieux expliciter pourquoi ce recours contre la décision du Jury d’Appel de la Confédération africaine de football (CAF) est justifié. Le premier argument avancé est cette décision est incohérente.
Un recours contre une décision de la CAF incohérente
On peut dire que ce point est l’un des coups de théâtre de la conférence de presse. Pourquoi ?
Remettons les choses à l’endroit : le Maroc avait procédé à quatre demandes à la CAF, en première instance et en appel : constater que l'équipe du Sénégal s'est retirée ; constater la victoire 3-0 du Maroc sur tapis vert ; que le titre soit retiré au Sénégal ; et que les récompenses - médailles, trophée, prize money - lui soient données.
Sur ces quatre demandes, seules les deux premières ont été accordées. Le Jury d'Appel est resté muet sur la demande de restitution du titre et sur celle des récompenses. La conséquence pratique est explosive : aucune décision n'ordonne au Sénégal de restituer le trophée ou les médailles. Du coup, le Sénégal maintient sa position et va présenter le trophée de la CAN lors du match amical face au Pérou ce samedi 28 mars au Stade de France.
Se défendre contre “un braquage”
Au-delà des points évoqués ci-dessus, le ton utilisé dans la conférence de presse a été d’une fermeté à la hauteur de ce que le président Abdoulaye Fall de la Fédération sénégalaise de football considère comme une charge frontale. De quoi le conduire à la qualifier de “braquage administratif le plus inique de l'histoire de notre sport".
Coordinateur de la défense, Me Seydou Diagne a, lui, fustigé une décision "grossière, absurde et irrationnelle" en envoyant cet avertissement : "Si le monde du football laisse faire, le vainqueur de la prochaine Coupe du monde de football pourrait également se décider dans les cabinets d'avocats”.
Et l'avocat espagnol Me Juan de Dios Crespo, de renchérir que “c'est l'intégrité du monde du football qui sera jugée devant le TAS” tout expliquant “n’avoir jamais vu qu’un match terminé soit arbitré à nouveau sur tapis vert".
Réserver ses arguments juridiques au TAS
Interrogés sur le fond, notamment la sortie du terrain des joueurs sénégalais, les avocats ont répondu prudemment “avoir le temps d'écrire dans les prochains jours (leurs) arguments. Ce sera au TAS de les recevoir en premier lieu", ont-ils expliqué démontrant ainsi que leur stratégie est de ne pas dévoiler les arguments avant le dépôt du mémoire.
Quid des 18 supporters sénégalais emprisonnés au Maroc ?
Les avocats ne se sont pas contentés de parler de ce qui s’est passé sur le terrain. Ils ont également évoqué le sort des 18 supporters sénégalais arrêtés lors des violences le soir de la finale et emprisonnés depuis. “Ils sont victimes d'un "acharnement du parquet marocain", ont-ils indiqué prouvant par là que l’affaire autour de cette finale et de la décison du Jury d’Appel va au-delà du cadre sportif, ce qui ne va pas manquer d’alourdir le contentieux.
Quid du temps de la procédure devant le TAS ?
Légitimement, la question du délai de réponse du Tribunal arbitral du sport a été abordée. Il est ressorti des réponses des avocats que le délai pourrait être long mais qu’une demande d'accélération était possible.
En effet, la procédure devant le TAS pourrait prendre toute l'année 2026, le délai moyen étant de 9 à 12 mois. Cela dit, Me Serge Vittoz a indiqué que le TAS et la FSF étaient favorables à une procédure accélérée afin que le jugement ne vienne pas perturber le bon déroulé de la Coupe du monde, qui débutera le 11 juin au Mexique.
Il ressort de la conférence de presse qu’au regard de plusieurs éléments, le recours du Sénégal devant le TAS n’est plus seulement une action pour garder son titre de champion d'Afrique mais aussi pour se poser en défenseur du principe fondamental de l'intangibilité du résultat sportif. (TransContinentsAfrica)
