Donc, presque deux mois après la finale de la CAN 2025 remportée sur le terrain par le Sénégal en prolongation face au Maroc (1-0), la Confédération africaine de football (CAF) a annoncé que le Sénégal est déchu de son titre et le Maroc, sacré champion d’Afrique sur tapis vert avec un score de 3-0.
Comment en est-on arrivé là ?
Pour rappel, le Maroc a introduit un recours aux fins de contester la victoire du Sénégal suite aux incidents autour de l’arbitrage, sur le terrain et dans les tribunes lors de la finale de la CAN en janvier dernier.
Parmi les griefs les plus importants, le fait que des joueurs sénégalais aient quitté le terrain et rejoint momentanément les vestiaires avant de revenir et de continuer le match qui a repris par le pénalty qui a mis le feu aux poudres.
Quelles dispositions le Jury d’Appel a-t-il invoqué ?
C’est essentiellement sur la base des articles 82 et 84 du règlement que la décision de déclarer le Maroc vainqueur a été prise. L'article 82 stipule qu'une équipe qui "refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l'autorisation de l'arbitre" est déclarée perdante.
Il se trouve que lors du temps additionnel, après un penalty très litigieux accordé au Maroc juste après un but refusé au Sénégal (même si l’arbitre avait sifflé juste avant), une partie des joueurs sénégalais avait quitté la pelouse. Ils y avaient été encouragés par leur sélectionneur Pape Thiaw, avant d'être rappelés par le capitaine Sadio Mané.
En application de l’article 84 du Règlement, l’équipe du Sénégal a été déclarée forfait pour cette finale dont le résultat est enregistré sur le score de 3-0 en faveur de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF).
Quel recours disponible pour le Sénégal ?
Les décisions du Jury d'Appel de la CAF peuvent être contestées devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), dans un délai de dix jours.
Pour rappel, le TAS, basé à Lausanne en Suisse, est l'instance suprême de règlement des litiges sportifs internationaux.
Il s’agit du seul recours possible pour le Sénégal. Et celui-ci doit faire avec un délai assez réduit de 10 jours donc qui va courir jusqu’au 27 mars.
Quels arguments le Sénégal peut-il avancer ?
Au regard du caractère inédit de la décision, du délai qui a couru depuis la fin de la compétition, le Sénégal peut arguer de faits à prendre en considération au niveau de trois axes :
- D’abord, celui de la proportionnalité de la sanction. Les joueurs sénégalais ont quitté le terrain temporairement, quelques minutes seulement, avant d'être rappelés par Sadio Mané et de reprendre le jeu. La prolongation a bien été disputée et le match s'est terminé normalement. Invoquer l'article 82 pour une sortie temporaire non définitive est juridiquement contestable.
- Ensuite, celui du contexte arbitral. Les décisions litigieuses en cascade - but supposé refusé au Sénégal, puis penalty accordé au Maroc - constituent un contexte dans lequel il convient de prendre en considération l'état émotionnel des joueurs. Le TAS pourrait considérer que la réaction, même fautive, était compréhensible dans ledit contexte. En allant plus loin, une telle décision rend le rôle des arbitres inopérant car pouvant être remis en cause sur tapis vert pour une raison ou pour une autre.
- Enfin, celui de la sécurité juridique. Annuler rétroactivement un résultat sportif deux mois après la finale est problématique. Pour rappel, le Sénégal avait été sanctionné en première instance sans perte du titre. La décision prise peut constituer une rupture de la sécurité juridique que le TAS a historiquement sanctionnée dans d'autres affaires.
De fait, il y a lieu de penser que même si le Sénégal dispose de dix jours pour saisir le TAS, cet unique recours est réel et fondé. La décision de la CAF, sans précédent dans l'histoire de la CAN, pourrait jouer en faveur d'une révision par le TAS.
Mais au-delà, comment ont respectivement réagi les Fédérations de football respectives, la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) et la Fédération sénégalaise de football (FSF) ?
La position marocaine après la décision de la CAF
La FRMF a été la première à réagir. Dans un communiqué, la fédération marocaine a indiqué que "sa démarche n'a jamais eu pour objet de contester la performance sportive des équipes engagées dans cette compétition, mais uniquement de demander l'application du règlement de la compétition."
La FSF, quant à elle, a réagi dans la nuit à travers communiqué. Elle a dénoncé une décision "inique, sans précédent et inacceptable qui jette le discrédit sur le football africain”. Dans la foulée, elle a annoncé un recours. "Pour la défense de ses droits et des intérêts du football sénégalais, la FSF annonce son intention d'engager "dans les plus brefs délais une procédure d'appel devant le Tribunal Arbitral du Sport à Lausanne", dit-elle réaffirmant "son engagement indéfectible envers les valeurs d'intégrité et de justice sportive" et promettant de "tenir le public informé des suites données à cette affaire".
