Pour situer à nouveau cet événement dans son contexte historique, il faut rappeler que Patrice Lumumba, est devenu Premier ministre du pays désormais appelé République démocratique du Congo lors de son indépendance de la Belgique en 1960. Il a été évincé du pouvoir quelques mois plus tard et assassiné par des rebelles sécessionnistes soutenus par la Belgique le 16 janvier 1961.
La responsabilité morale de la Belgique retenue
En 2002, une enquête parlementaire belge sur l’assassinat de Lumumba avait conclu que la Belgique était “moralement responsable” de sa mort. Cependant, le procès du comte Étienne Davignon, âgé de 93 ans, ancien commissaire européen qui était diplomate subalterne à l’époque, constitue la première poursuite judiciaire liée à cet assassinat.
Les charges sur Etienne Davignon
Selon le parquet, Etienne Davignon, qui est accusé de crimes de guerre, a participé à la détention ou au transfert illégal de Lumumba et l’a privé de son droit à un procès impartial.
Il affirme qu’il a soumis Lumumba à des “traitements humiliants et dégradants”. Il est également accusé d’avoir participé aux meurtres de deux alliés politiques de Lumumba, Maurice Mpolo et Joseph Okito.
Pour mesurer la volonté de justice, il faut savoir que M. Davignon, issu de la noblesse belge, est devenu un diplomate de renom en tant que premier directeur de l’Agence internationale de l’énergie et commissaire européen entre 1977 et 1985.
Par la suite, il a été président de la holding belge Société Générale de Belgique et a siégé au conseil d’administration de nombreuses sociétés cotées en bourse. Enfin, M. Davignon a été élevé au rang de comte par le roi Philippe de Belgique en 2018.

Autre point : tous les autres suspects dans cette affaire sont décédés. A noter que M. Davignon n’était pas présent dans la salle d’audience ce mardi et son avocat a refusé de faire des commentaires.
Patrice Lumumba, une figure emblématique
Bien que son gouvernement n’ait duré que trois mois, Lumumba est devenu une figure emblématique de la lutte anticoloniale, à l’heure où les nations africaines revendiquaient leur indépendance vis-à-vis de leurs maîtres européens dans les années 1960. Il reste un héros populaire encore aujourd’hui.
Son assassinat a marqué un tournant sombre pour le Congo, qui possède de vastes ressources minérales, notamment du cuivre, du cobalt, de l’or et de l’uranium, mais dont la population a vécu sous la dictature et sous la menace de conflits armés meurtriers pendant la majeure partie de son histoire post-indépendance.
Bien qu’il ait publiquement affirmé sa neutralité, les ouvertures de Lumumba envers l’Union soviétique au plus fort de la Guerre froide ont alarmé les gouvernements occidentaux, et certains historiens ont accusé la Central Intelligence Agency de Washington d’être impliquée dans sa mort.
Une action portée par la descendance de Lumumba
Ce sont les membres survivants de la famille de Lumumba qui ont initialement porté l’affaire, laquelle a depuis été reprise par les procureurs fédéraux belges.

“C’est un pas dans la bonne direction”, a déclaré à Reuters la petite-fille de Lumumba, Yema Lumumba, après la décision. “Ce que nous voulons, c’est rechercher la vérité et établir les différentes responsabilités”, a-t-elle dit. (TransContinentsAfrica)
